Il est parfois difficile de poser des mots sur une lecture qui nous touche tout en nous laissant un sentiment de malaise. La sage-femme d’Auschwitz d’Anna Stuart est de ces livres-là : un récit inspiré de faits réels qui nous plonge dans l’horreur absolue, tout en flirtant avec les codes de la romance…
Donner la vie au cœur de l’enfer : l’histoire d’Ana et Ester
Le récit de La sage-femme d’Auschwitz nous transporte à Lodz en Pologne, au début de la 2nde Guerre Mondiale. Ana est une sage-femme expérimentée, appréciée dans la vill. Fervente catholique, elle se retrouve déportée en même temps qu’Ester, une jeune femme juive qu’elle a vu naitre. Dans le camp d’Auschwitz, lieu d’extermination, nos deux héroïnes se retrouvent face à une mission qui défie toute logique humaine : mettre au monde les enfants des prisonnières.
Ce roman n’est pas une biographie, loin de là, mais il est incroyablement inspiré de faits réels. Le personnage d’Ana s’inspire en effet de la figure historique de Stanisława Leszczyńska, une sage-femme polonaise. Déportée à Auschwitz en 1943 pour avoir apporté son aide aux Juifs du ghetto de Lodz, elle aurait fait naitre 3000 bébés lors de sa captivité. Elle a elle-même publié un rapport sur son expérience dans ce camp.
Le dilemme de la fiction historique
Soyons clair : j’ai apprécié la lecture de La sage-femme d’Auschwitz, qui m’a tenu en haleine jusqu’à la dernière page. Mais pour autant, j’ai été gênée par le procédé même de mêler les bons sentiments à l’Enfer des camps.
Un style qui manque de hauteur
On ne va pas se mentir : ce n’est pas par sa plume qu’Anna Stuart brille. L’écriture est simple et efficace, mais elle tombe parfois dans une forme de mièvrerie un peu facile, notamment quand le récit s’attarde sur des ressorts de romance débordant de bons sentiments. Ce décalage entre la noirceur absolue de la Shoah et ces parenthèses sentimentales crée un contraste déroutant. On se retrouve face à une émotion forte, certes, mais portée par une narration qui manque parfois de la sobriété que le sujet semble exiger.
Un procédé qui interroge
C’est d’ailleurs ce qui me questionne souvent avec ce genre de lectures : l’utilisation du cadre de la Seconde Guerre mondiale comme simple décor d’une intrigue romancée. Ici, on brouille beaucoup de choses. Entre le respect dû à la mémoire historique et les codes du roman de gare, la frontière devient floue. Ce mélange des genres provoque une forme de gêne sur le procédé, comme si l’horreur des camps servait de moteur émotionnel à une histoire qui, sans cela, manquerait de relief.
Une lecture pourtant addictive
Pour autant, et c’est là tout le paradoxe, je suis restée accrochée à ma lecture. Malgré les faiblesses stylistiques et ce malaise persistant sur la méthode, la force des faits — même romancés — finit par l’emporter. Surtout quand on sait qu’il se base malgré tout sur des faits historiques. On tourne les pages avec une forme de sidération, poussée par l’envie de voir Ana et Ester survivre à l’impossible. Le résultat est là : un livre qui m’a plu, mais qui laisse un arrière-goût complexe.
Finalement, c’est avec une vraie réserve intellectuelle sur le procédé que je referme La sage-femme d’Auschwitz, tout en reconnaissant son efficacité narrative. Malgré mes réticences sur le style, l’attachement aux personnages a été le plus fort. Je sais que je lirai donc prochainement “la suite”, La sage-femme de Berlin.
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Le nez dans les bouquins, le cœur dans les musées, les jambes à l'assaut du patrimoine et l'esprit en voyage ! Je partage avec vous mes découvertes culturelles du moment, diverses et variées, sans prise de tête. Éclectisme, je crie ton nom !
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