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Pianip Pianop, quand le piano se met au hip-hop

by Julien
Pianip Pianop 29 septembre 2026 Constant Despres Brice Mvie Pierre Rigal

Pour Pianip Pianop, le festival Piano aux Jacobins a exceptionnellement quitté ses murs pour s’installer le temps d’une représentation à l’Auditorium Saint-Pierre-des-Cuisines. Et pour cause : le projet déborde joyeusement de ce que l’on a l’habitude de voir dans le cadre du festival. Une carte blanche a été donnée au chorégraphe Pierre Rigal (Érection) pour imaginer une soirée placée aussi bien sous le signe du piano que du hip-hop. Pianip Pianop, en somme !

Et vous le savez, l’éclectisme est un peu le dada de Culture déconfiture. Quand la culture classique rencontre des formes d’art plus populaires, on adore ! Des Indes galantes de Rameau chorégraphiées par Bintou Dembélé aux Quatre Saisons de Vivaldi revisitées par la compagnie Käfig, nous sommes toujours fascinés par la manière dont les arts peuvent dialoguer, se répondre et finalement faire exploser les préjugés classistes.

Pianip Pianop : la rencontre de deux tempéraments solaires

Ce n’est pas la première fois que Pierre Rigal se frotte à la culture classique : nous vous avions parlé ici même de sa mise en scène particulièrement audacieuse de La Flûte enchantée de Mozart. Pour Pianip Pianop, il a imaginé un programme sur mesure pour Brice Mvie, spectaculaire BBoy, et Constant Despres, jeune prodige du clavier.

Deux artistes, deux disciplines, deux énergies qui pourraient sembler éloignées mais qui trouvent rapidement un terrain de jeu commun. Car Pianip Pianop n’est ni tout à fait un concert, ni vraiment un spectacle de danse. C’est plutôt un concert dansé, une conférence sur le mouvement et la musique où le piano devient partenaire du danseur, parfois déclencheur de son mouvement, parfois simple témoin de ses acrobaties.

Pianip Pianop 29 septembre 2026 Constant Despres Brice Mvie Pierre Rigal © Culture déconfiture
Pianip Pianop, le 29 septembre 2026 (Constant Despres, Brice Mvie & Pierre Rigal) © Culture déconfiture

Et surtout, Pierre Rigal ne cherche pas à plaquer quelques figures hip-hop sur un récital classique. La chorégraphie fait véritablement partie du spectacle et dialogue avec la partition, puisant aussi dans le langage de la danse contemporaine.

De Ravel à Mike Powell

Le programme joue lui aussi la carte de l’éclectisme. On commence avec Dave Brubeck et son fameux Blue Rondo a la Turk, avant de passer par Ravel et ses Miroirs, notamment Alborada del gracioso et Une barque sur l’océan. Puis viennent les accents plus telluriques d’Alberto Ginastera, avec les Danzas Argentinas, avant que le piano ne s’embrase avec la célèbre Danse rituelle du feu de Manuel de Falla. Constant Despres s’amuse alors à rivaliser avec Arthur Rubinstein, dont l’interprétation est devenue légendaire.

Observez le mouvement des mains du pianiste à 0:57

Le voyage se poursuit avec Oriental de Granados, puis avec la découverte moins attendue de Marie Jaëll dont Ce que l’on entend dans l’enfer (inspiré de la lecture de Dante) apporte une dimension plus sombre au programme. Enfin, Górecki et sa Première Sonate viennent refermer ce parcours éclectique.

Quand les frontières disparaissent

Ce qui fonctionne particulièrement bien dans le principe, c’est justement cette volonté de ne pas opposer les disciplines. Le classique n’est pas ici présenté comme une forteresse qu’il faudrait désacraliser, pas plus que le hip-hop comme un invité exotique venu perturber un concert de piano.

Les deux univers se rencontrent naturellement, avec leur virtuosité respective, leur rapport au rythme, au corps, à la précision et à l’improvisation. Et puis il y a l’humour, l’inattendu, les décalages imaginés par Pierre Rigal, qui empêchent l’ensemble de devenir une simple démonstration technique.

Avec Pianip Pianop, Piano aux Jacobins s’offre donc une petite escapade hors de ses habitudes. Et c’est une excellente idée : sortir du cadre pour mieux rappeler que la musique classique n’a jamais cessé de dialoguer avec les autres arts. Quand un pianiste et un BBoy partagent ainsi la même scène, le piano peut soudain se mettre à danser. Et franchement, pourquoi s’en priver ?

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