Le 47e festival Piano aux Jacobins touche bientôt à sa fin : il s’achèvera le 30 septembre, après plusieurs semaines de concerts et de découvertes. Et décidément, cette édition nous aura encore une fois rappelé pourquoi Piano aux Jacobins reste l’un de nos rendez-vous culturels préférés à Toulouse.
Une semaine après avoir découvert Anna Petrova-Forster, qui nous avait laissés un peu plus sur notre réserve malgré l’intérêt de son programme consacré notamment à Voříšek, changement d’atmosphère avec Ignasi Cambra. Cette fois, l’émotion était au rendez-vous, et même largement.
Ignasi Cambra : une rencontre avec un pianiste singulier
Très tôt repéré par Maria João Pires, Ignasi Cambra a poursuivi ses études à la Juilliard School avant de pouvoir compter sur le soutien fidèle de l’artiste portugaise. Il a construit au fil des années une personnalité musicale qui ne cherche jamais l’effet spectaculaire.
Ce qui frappe surtout, c’est la densité poétique de son jeu. Les nuances sont d’une grande finesse, les silences semblent avoir autant d’importance que les notes et chaque phrase paraît pensée comme une respiration. Et dans l’écrin merveilleux de la salle capitulaire du couvent des Jacobins, cette qualité d’écoute prend une dimension particulière. La proximité avec le pianiste, l’acoustique du lieu et la concentration presque palpable du public créent une atmosphère propice à une écoute particulièrement intime. Enfin, ça c’est quand quelques malotrus n’oublient pas d’éteindre leur téléphone portable…
De Mozart à Schubert, trois façons de faire chanter le piano
Le programme proposait une belle traversée de l’histoire de la sensibilité pianistique : Mozart, Grieg & Schubert, avec Scarlatti en guise de rappel.
La Sonate en la mineur K. 310 de Mozart ouvre le récital sur une musique que l’on pourrait croire immédiatement familière. Pourtant, sous la clarté de la phrase et l’équilibre apparent de la construction, Cambra fait ressortir une gravité qui donne à l’œuvre une profondeur nouvelle. Puis, avec la Suite Holberg de Grieg, le piano change de couleur. La musique se fait plus chantante, plus proche du paysage et des traditions norvégiennes. Le pianiste y déploie une palette particulièrement riche, sans jamais alourdir le propos.
Mais c’est peut-être avec la Sonate en la majeur D. 959 de Schubert que l’émotion atteint son sommet. Chez Schubert, le temps semble soudain ralentir. Les mélodies, les reprises, les modulations donnent à la musique quelque chose de presque narratif. Et Cambra sait merveilleusement faire entendre cette tension entre la simplicité apparente et les abîmes qui se cachent derrière elle.
Un très beau moment de musique
Le choix de ces trois compositeurs raconte finalement une même histoire : celle d’un piano capable de faire naître une émotion considérable avec des moyens qui semblent parfois d’une simplicité désarmante. Mozart, Grieg et Schubert parlent chacun leur propre langue, mais tous donnent au piano une véritable voix. Et cette voix, Ignasi Cambra sait particulièrement bien la faire entendre.
Un régal, donc, que d’avoir découvert cet interprète dans un lieu aussi exceptionnel. Il reste encore quelques jours pour profiter de Piano aux Jacobins, mais ce concert restera pour nous l’un des beaux moments de cette 47e édition. Une nouvelle preuve, s’il en fallait, que ce festival demeure l’un de nos rendez-vous culturels préférés à Toulouse.