Il y a des spectacles dont on garde une image longtemps après avoir quitté la salle. Rusalka, l’opéra d’Antonín Dvořák mis en scène par Stefano Poda, est de ceux-là. Lorsque je l’avais découvert au Théâtre du Capitole en 2022, j’avais été particulièrement séduit par cette production spectaculaire et profondément onirique. Bonne nouvelle pour ceux qui l’avaient manquée : elle revient cette saison, du 22 septembre au 4 octobre, pour une nouvelle série de représentations.
Et si vous ne connaissez pas encore Rusalka, voici une excellente occasion de découvrir l’un des grands chefs-d’œuvre lyriques du compositeur tchèque.
Rusalka : une Petite Sirène avant l’heure
Rusalka vit au fond d’un lac, mais la jeune créature rêve d’une autre existence : devenir humaine et connaître l’amour auprès d’un Prince dont elle est tombée amoureuse. Pour réaliser ce rêve, elle se tourne vers la sorcière Ježibaba, qui accepte de l’aider… en échange de sa voix.
Le conte est cruel : Rusalka devra renoncer à parler et sera condamnée à une éternité de damnation si le Prince ne l’aime pas véritablement.
On retrouve évidemment des échos de La Petite Sirène d’Andersen, mais Dvořák en fait une œuvre beaucoup plus sombre, sensuelle et tragique. La musique oscille entre féerie, mélancolie et violence des sentiments, jusqu’à l’issue inéluctable de cette histoire d’amour impossible.
Une production qui transforme le Capitole en monde aquatique
En 2022, Stefano Poda m’avait particulièrement impressionné par l’ampleur de sa proposition. À la fois metteur en scène, scénographe, costumier, chorégraphe et créateur des lumières, il imaginait un véritable spectacle total. Il a depuis renouvelé l’exploit avec les mises en scènes spectaculaires de Thaïs et Nabucco.
Son idée la plus spectaculaire pour Rusalka consistait à transformer la scène du Capitole en espace aquatique. Un immense bassin permettait aux personnages d’évoluer littéralement dans l’eau, donnant au premier acte une dimension visuelle assez exceptionnelle.
Et c’est précisément ce qui m’avait plu : Rusalka n’était pas simplement illustrée par une jolie scénographie. Le dispositif scénique participait pleinement au récit, faisant basculer progressivement le spectateur dans cet univers où humains et créatures aquatiques se rencontrent.
Un conte, mais surtout un opéra
La production de Poda avait également le mérite de ne pas chercher à moderniser artificiellement l’œuvre. Pas besoin de transposer l’histoire dans un quelconque contexte contemporain : Rusalka assume pleinement sa dimension de conte.
C’est même ce qui faisait, à mes yeux, une partie de sa force. Dans un monde lyrique où l’on cherche parfois à rapprocher à tout prix les œuvres du réel, Poda revendiquait au contraire la possibilité de s’en évader.
Et quelle meilleure œuvre que Rusalka pour cela ? Entre forêt, lac, créatures fantastiques, sorcière et malédiction, Dvořák nous invite précisément à quitter notre monde. Même si sa vision de la vie terrestre est quelque peu… désenchantée.
Une deuxième chance de découvrir cette merveille
Trois ans après ma première rencontre avec Rusalka, je suis donc plutôt curieux de retrouver cette production qui m’avait laissé un souvenir aussi fort. Certaines mises en scène vieillissent rapidement ; d’autres trouvent dans le temps une forme de confirmation.
Si vous n’aviez pas eu l’occasion de découvrir Rusalka en 2022, cette reprise est une très belle occasion de vous jeter à l’eau. Et si, comme moi, vous aviez déjà été séduit par l’univers imaginé par Stefano Poda, il ne reste plus qu’à replonger.
Rusalka est à l’affiche du Théâtre du Capitole du 22 septembre au 4 octobre 2026.





