On profite des longues journées estivales pour lire à gogo et profiter des sorties ciné (histoire de s’abriter sous la clim aux heures les plus chaudes). Avec deux films et sept lectures, c’est parti pour notre bilan culturel du mois de juillet.
Le Diable s’habille en Prada 2, de David Frankel
Je n’ai pas été déçu par ce deuxième opus, tout à fait dans la lignée du premier film. Désormais concurrencé par le web et les nouveaux modes de consommation de l’information, le magazine de mode Runway est dans une mauvaise passe et la carrière de Miranda Priestly (Meryl Streep) risque de s’effondrer à tout moment. La journaliste Andy Sachs (Anne Hathaway), elle-même sur la sellette, réintègre la rédaction de Runway pour lui donner un nouveau souffle.
Les personnages sont fidèles à eux-mêmes, le film est ponctué de punchlines bien senties, mais on sent qu’un gros vent de bien-pensance a soufflé depuis vingt ans (le premier film était sorti en 2006) et que désormais chaque vanne est calibrée pour ne pas froisser la susceptibilité de telle ou telle communauté à l’affût de la moindre polémique (raciste, homophobe, grossophobe, validiste, et j’en passe…). Mais précisément, le nouveau film fait feu de tout bois et se joue intelligemment de cette censure tellement aux antipodes de ce qui fait le personnage irrévérencieux de Miranda.
De la Comédie-Française, de Martin Darondeau & Bertrand Usclat
Avec son scénario très classique, ce sont les guest stars de la Comédie-Française qui tirent ce film vers le haut. La plupart sont totalement en roue libre, comme Guillaume Gallienne en portier zélé, Benjamin Lavernhe en Molière, et surtout mes deux chouchous : Christian Hecq en régisseur et Séphora Pondi en maquilleuse. Bien qu’elle ne soit pas tendre avec leur ego, la comédie suinte d’amour pour les acteurs de théâtre, pour les galères qui font le sel de cette profession, pour la passion de ceux qui sacrifient beaucoup à leur deuxième famille des planches.
Le tempo comique est maîtrisé, les répliques piquantes et la musique « batterie » (très proche de celle du Sens de la Fête) est une astuce efficace pour qu’on ressente nous aussi la pression de la première d’un spectacle. Tout m’a fait rire, jusqu’au générique de fin stupide à souhait.
Philoctète, de Sophocle
Il est bon de revenir régulièrement à ses classiques. Ce mois-ci, je me suis replongé dans l’une des tragédies de Sophocle les moins connues : Philoctète. Héros de la guerre de Troie, Philoctète blessé a été abandonné par les Grecs sur une île déserte. Or, une prophétie a annoncé que Troie ne pourrait pas être prise sans l’arc et les flèches d’Héraklès, dont Philoctète est précisément le détenteur. Afin de l’amadouer, Ulysse envoie Néoptolème (fils d’Achille) auprès du héros blessé afin de nouer une amitié qui doit lui permettre d’obtenir ses armes. Peu à peu, la blessure physique de Philoctète révèle une véritable blessure du cœur, que le double-jeu de Néoptolème va raviver. À moins que l’amitié simulée ne finisse par se muer en amitié sincère, sous le regard d’un chœur de marins hatifs de retrouner à Troie pour mettre fin à la guerre.
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – tome 1, d’Emil Ferris
Ce roman graphique abyssal est un véritable bijou graphique et narratif qui nous plonge dans le Chicago en ébullition des années 1960. Dans ce premier tome de 416 pages entièrement dessiné au BIC, nous suivons la jeune Karen Reyes (10 ans) dans une enquête des plus mystérieuses. Le jour de la Saint-Valentin 1968, sa voisine Anka Silverberg meurt dans des circonstances douteuses et Karen ne croit pas à la thèse du suicide… Elle décide alors de s’intéresser aux secrets de chacun de ses voisins afin de comprendre comment chacun était lié à Anka – et peut éventuellement avoir un mobile.
Mais Karen est également en prise aux bouleversements de la pré-adolescence. Marginale à l’école – parce que c’est « une fille bizarre » – elle se réfugie dans le dessin et recopie au stylo-bille de façon obsessionnelle les couvertures des magazines fantastiques et gores dont elle est fan. Elle alimente ainsi sa passion pour le surnaturel et les montres, elle qui rêve d’être un jour mordue et contaminée par un loup-garou.
Elle et Lui, d’Anton Tchekhov
On connaît Tchekhov pour ses pièces de théâtre, mais il a aussi écrit quelques nouvelles. Celles compilées dans ce recueil ont pour personnage principal un comédien, un auteur, un metteur en scène ou un critique prisonniers de leur propre image. Ils rêvent de reconnaissance, de gloire, de succès, mais se retrouvent confrontés aux réalités moins brillantes de la vie artistique : les rivalités, les jalousies, les compromis et les désillusions.
Avec l’ironie subtile qui le caractérise, Tchekhov observe ces personnages qui parlent sans cesse d’art mais qui sont parfois davantage préoccupés par leur réputation que par la création elle-même. Il sait de quoi il parle, car tous ces spécimens, il les a croisés tout au long de sa carrière théâtrale. On trouve parfois Tchekhov ennuyeux. Moi je trouve son mordant extrêmement drôle.
Pluie et vent sur Télumée Miracle, de Simone Schwarz-Bart
À travers la vie de Télumée, l’autrice raconte le destin d’une femme guadeloupéenne née dans une lignée marquée par l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. Un destin individuel qui devient progressivement le récit d’une mémoire collective.
Ce qui m’a le plus touché dans le roman, c’est sans doute la place accordée à la transmission entre générations. Télumée grandit auprès de femmes fortes, notamment sa grand-mère Reine Sans Nom, qui lui transmet bien plus que des souvenirs : une manière d’habiter le monde, de résister aux épreuves et de préserver une identité. Auprès de la sorcière man Cia, elle apprendra aussi l’histoire de l’esclavage, ses traumatismes et la spiritualité créole.
La plus pécieuse des marchandises, de Jean-Claude Grumberg
Comment transformer la shoah en joli conte ? En nous racontant le destin du convoi 49 qui déportait un millier de juifs vers Auschwitz entre le 2 et le 4 mars 1943, Grumberg imagine ce qui serait arrivé si un nouveau né était « tombé du train » et avait été recueilli par une pauvre bûcheronne en mal d’enfant. L’histoire est-elle vraie ? Oui et non, comme le sont tous les contes, en fait… En tous cas, voilà une façon intéressante de raconter l’holocauste, sans trahir la réalité ni falsifier le destin des victimes, mais en rendant ce récit accessible à tous, notamment aux adolescents qui voudraient commencer à comprendre ce qui a pu rendre tout cela possible. Et redonner un peu foi en l’humanité, à travers ces personnages intemporels que sont le bûcheron et la bûcheronne de notre enfance.
Le Soleil des Scorta, de Laurent Gaudé
Mamma mia ! quelle déception ! Cela faisait des années que l’on me parlait de ce roman comme de quelque chose d’excellent… Pour ma part, j’avais beaucoup aimé La Mort du roi Tsongor, passablement apprécié Sodome ma douce, mais j’avais été déçu par ses autres textes (Même si le monde meurt). Avec Le Soleil des Scorta, il y avait quelques garanties, notamment le prix Goncourt dont il a été lauréat en 2004. Eh bien je dois vous dire qu’il n’y a pas une seule ligne qui m’ait plu. J’ai trouvé le roman rempli de clichés sur l’Italie, des comparaisons ronflantes et des images qui relevaient plus du lieu commun que de la fulgurance. L’histoire en elle-même n’est pas à jeter : c’est une saga sur 5 générations qui permet de couvrir un siècle dans un village des Pouilles, plutôt le genre d’histoire qui me plaît. Mais les personnages sont stéréotypés, le style recherche l’effet sans faire l’effort de la subtilité. Pour moi, c’est raté.
La Nuit ravagée, de Jean-Baptiste Del Amo
Cinq ados, une ville de banlieue, une obsession grandissante pour une mystérieuse maison abandonnée, des phénomènes paranormaux et des morts mystérieuses. On pourrait tout à fait être dans un roman de Stephen King… si l’action ne se situait pas à 20 km de Toulouse. Probablement très inspiré et influencé par le premier tome de Ça, Jean-Baptiste Del Amo a imaginé une version mondine de ce roman horrifique, à la sauce « années 90 ». Références au cinéma d’horreur à foison (Carpenter, Craven, Cronenberg…), clins d’œil à Stephen King assumés (le club des ratés), cette mise à jour est intéressante, même si je n’ai pas ressenti les frissons dont King a le secret et que l’histoire à un petit goût de resucée. Néanmoins, l’ensemble fonctionne bien et j’ai englouti les 460 pages en moins de deux jours.
Et vous, comment avez-vous mis à profit les longues journées de juillet ?







