Un mec revient dans son pays après avoir participé à une guerre qui l’a traumatisé. Mal accueilli, ça vire au bain de sang. En plus, « c’était pas [sa] guerre ! » Non, je ne viens pas de vous résumer le film Rambo de 1982 mais L’Odyssée de Nolan, qui a cartonné cet été sur nos écrans de cinéma. Une Odyssée 100% amerloque, avec beaucoup de musique et une pléiade d’acteurs bankables. J’ai regardé ça sans ennui, même si j’en suis ressorti avec un sentiment mi-figue mi-raisin.
L’Odyssée, un film sur la mer
C’est certainement le point fort du film : la mer en est presque le personnage principal. Les paysages sont spectaculaires et c’est certainement la raison pour laquelle il vaut mieux voir ce film au cinéma (à moins d’être équipé d’un très bel écran à la maison, qui saura restituer la dimension majestueuse de ces images).
Nolan est vraiment un maître de la mise en scène, et les idées pour représenter les différentes aventures d’Ulysse fonctionnent à tous les coups : la menace du cyclope, la métamorphose en porcs des compagnons du héros, l’assaut des Lestrygons… Presque toutes les aventures que l’on voulait voir sont là (même si quelques épisodes ont été squeezés pour rendre le film plus digeste, comme la rencontre avec Nausicaa).
Des acteurs qui cabotinent
La distribution est certainement le gros point noir de L’Odyssée. Difficile de voir les personnages derrière les visages ultra-connus des stars qui parasitent la fiction. Anne Hathaway, on l’a vue au printemps dernier dans Le Diable s’habille en Prada. Tom Holland, il est actuellement dans Spider Man. Pattinson et Zendaya, ils ont cartonné très récemment dans The Drama. Quant à Matt Damon, boosté à la whey et à la salle de muscu, il m’a paru peu crédible dans le rôle principal avec son corps de mascu façon Clavicular.
Mais ce qui m’a le plus énervé, c’est la direction des acteurs. Ils en font des caisses. Mention spéciale de la déception pour Anne Hathaway et Robert Pattinson, qui font pourtant partie des mes acteurs préférés de cette génération. Et vas-y que je fais frémir mon menton, et vas-y que je fais des petits rictus… On l’a compris que vous vouliez un oscar, arrêtez de cabotiner !
Cette réflexion sur la direction des acteurs m’a d’ailleurs amené à être plus indulgent avec la pauvre Marion Cotillard, dont on a souvent moqué la mort dans The Dark Night Rises. Voyez la misogynie du procédé : on a harcelé pendant dix ans une femme pour avoir été mal dirigée par un homme (qui est quant à lui considéré comme un génie). Or, on voit bien que même avec les meilleurs comédiens du moment à sa disposition, il peine à leur faire exprimer la moindre émotion crédible. Bref, les sentiments manquent cruellement à cette adaptation de l’épopée. Si je l’ai regardée sans ennui, je suis resté de marbre pendant les presque 3h de métrage.
L’acteur qui m’a le plus intrigué est Benny Safdie, qui joue un Agamemnon mystérieux dont on ne voit quasiment jamais le visage et dont l’histoire est racontée de façon parcellaire. Je me suis même demandé si Nolan n’avait pas volontairement gardé quelques cartouches sous le coude pour revenir dans quelques années avec une adaptation de L’Orestie. Ce serait aussi l’occasion de revoir plus longuement Lupita Nyong’o dans le rôle de Clytemnestre, sœur jumelle d’Hélène (parce que la pauvresse a fait l’objet d’attaques écœurantes en raison de sa couleur de peau, pour une présence à l’écran de 3mn42. Sur 3h de film. Oui oui c’est lamentable…).
De la musique non-stop
Autre élément marquant de ce film, sa musique signée Ludwig Göransson. Elle est omniprésente. Je soupçonne d’ailleurs que ce soit une béquille pour palier le défaut d’émotion que je notais plus haut. Puisque les acteurs ne parviennent pas à insuffler un minimum de sentiment à leur partition, le compositeur a pris le relais. Il n’y a pas un plan ou un diablogue qui ne soit doublé par la bande musicale. Évidemment, le bonhomme n’a pas fait dans la subtilité : lui aussi il le veut son oscar.
Or, c’est précisément dans la scène des sirènes (et leur chant légendaire) que Göransson botte en touche. L’astuce : mettre le spectateur dans la position des marins aux oreilles bouchées par la cire. Les sons sont étouffés, et hop ! on évite de proposer une interprétation de ce qui aurait pu être la plus belle musique du monde… Le procédé est malin, certes, mais un peu lâche aussi, il faut le dire.
Au final, 24 heures après avoir vu le film, je ne garde en mémoire aucun thème marquant. Seulement la sensation d’avoir entendu de la musique pendant 3 heures sans en avoir retenu une seule note.
Faut-il le voir ?
Eh bien franchement, si vous aimez Nolan, pourquoi pas. Il a signé les longs-métrages les plus importants des dernières décennies : Inception, Interstellar, Tenet (le seul qui m’ait plu), Oppenheimer et j’en passe… À grand renfort de polémiques racistes et transphobes parfaitement orchestrées, le film avait tout pour faire le buzz et ça n’a pas loupé.
Avec ses grandes qualités visuelles et narratives, pas de doute qu’il trouvera son public et ses adeptes. Pour ma part, ça sera plutôt « vite vu, vite oublié ».