Home À lireDéçu par Le Soleil des Scorta, de Laurent Gaudé [CRITIQUE]

Déçu par Le Soleil des Scorta, de Laurent Gaudé [CRITIQUE]

by Julien
Le soleil des scorta (Laurent Gaudé)

Le Soleil des Scorta est de ces romans dont j’ai entendu parler pendant des années avant de finir par l’ouvrir avec une certaine curiosité… et peut-être des attentes trop élevées. Lauréat du Prix Goncourt en 2004, régulièrement présenté comme l’un des grands textes de Laurent Gaudé, il avait pourtant quelques arguments pour me séduire : une saga familiale, un siècle d’histoire italienne, un village des Pouilles comme théâtre des passions humaines… exactement le genre de fresque que j’apprécie habituellement.

Malheureusement, la rencontre n’a pas eu lieu.

Le Soleil des Scorta : une histoire qui avait tout pour me plaire

Le roman raconte l’histoire de la famille Scorta sur cinq générations, dans le petit village de Montepuccio, au sud de l’Italie. À travers leurs destins, leurs malédictions, leurs secrets et leurs transmissions, Laurent Gaudé construit une chronique familiale qui traverse le XXe siècle.

L’idée est belle : montrer comment une famille marquée par la pauvreté, le rejet et la honte tente peu à peu de construire sa propre légende. Les thèmes sont riches : la filiation, l’héritage, la dignité, la place que l’on occupe dans une communauté.

Sur le papier, tout était donc réuni pour proposer une grande fresque romanesque.

Une Italie de carte postale

Mais c’est justement là que le roman m’a perdu. J’ai eu le sentiment que Laurent Gaudé cherchait constamment à magnifier son récit, quitte à tomber parfois dans une vision très convenue de l’Italie : le soleil écrasant, la terre aride, les traditions ancestrales, la tarentelle, les passions dévorantes…

À force de vouloir donner au récit une dimension presque mythologique, le texte m’a semblé accumuler les images attendues plutôt que révéler une véritable profondeur. Certaines comparaisons m’ont paru appuyées, certaines formules davantage destinées à impressionner qu’à toucher.

Les hommes s’échangeaient des cigarettes et hissaient dans les airs leurs nièces et neveux, qui hurlaient de joie dans ces étreintes de géants. Carmela s’assit à l’écart quelques instants. Le temps pour elle de contempler cette petite communauté réunie. Tous ceux qu’elle aimait étaient là. Rayonnants dans la lumière d’un dimanche où les robes des femmes caressaient la blancheur des chemises des hommes. La mer était douce et heureuse. Elle sourit d’un sourire rare. Celui de la confiance en la vie.

Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé (éd. Les Ateliers d’Actes Sud, p. 117)

Le roman veut être une grande fresque tragique ; j’y ai souvent vu une succession de tableaux trop soigneusement composés, mais finalement peu authentiques.

Des personnages qui manquent d’épaisseur

Même constat du côté des personnages. Les Scorta sont porteurs de belles idées littéraires : ils incarnent la résistance, la mémoire familiale, la volonté de survivre malgré les humiliations. Mais je n’ai jamais vraiment réussi à m’attacher à eux. Ils m’ont semblé davantage représenter des symboles que des êtres humains. Leurs sentiments, leurs choix et leurs trajectoires m’ont souvent paru guidés par la nécessité du récit plutôt que par une véritable complexité psychologique. Le roman est d’ailleurs beaucoup trop court (200 pages) pour qu’on ait le temps de s’attacher à chaque génération.

C’est d’autant plus dommage que la structure même du roman, cette transmission sur plusieurs générations, pouvait permettre de créer une galerie de personnages inoubliables.

Une grande déception

J’avais beaucoup aimé La Mort du roi Tsongor, été plus partagé par d’autres textes de Laurent Gaudé (Sodome ma douce, Même si le monde meurt), mais je gardais l’envie de découvrir ce roman si souvent recommandé. Force est de constater que cette lecture restera pour moi une véritable déception.

Le problème n’est pas l’histoire en elle-même : elle possède de belles promesses. C’est davantage l’écriture et le traitement qui m’ont laissé à distance. Là où j’attendais à être touché par un récit et surtout un style, j’ai surtout rencontré un texte qui cherche de façon trop ostensible la grandeur et le souffle épique.


Comme quoi, même un prix Goncourt ne garantit pas toujours une rencontre littéraire… et heureusement : la littérature reste avant tout une affaire de sensibilité alors je n’en veux pas (trop) à celleux qui m’avaient survendu pendant des années ce roman finalement très médiocre.

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