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Sale menteuse, John Waters [CRITIQUE]

by Julien
Sale menteuse John Waters critique avis

Il suffit d’évoquer le nom de John Waters pour savoir où l’on met les pieds. Le réalisateur de Pink Flamingos, Female Trouble ou Cry-Baby a bâti toute sa carrière sur le mauvais goût revendiqué, la transgression et l’humour le plus irrévérencieux. Avec le roman Sale menteuse, il transpose cet univers au roman, sans rien perdre de son goût pour l’excès. La petite mention « une romance feel-bad » sur la couverture a suffi à me donner envie de m’y plonger, moi qui ai tant en horreur la littérature feel-good.

Sale menteuse : une héroïne absolument infréquentable

Marsha Sprinkle est tout sauf une héroïne sympathique. Kleptomane compulsive, elle passe son temps à dérober les bagages des voyageurs dans les aéroports. Menteuse pathologique, narcissique et d’une mauvaise foi sans limite, elle cultive une image fantasmée d’elle-même, allant jusqu’à prétendre qu’elle ne se nourrit que de quelques crackers par jour.

Lorsqu’un vol tourne mal, elle prend la fuite à travers les États-Unis. Derrière elle se lancent deux poursuivants improbables : son chauffeur Daryl, qui espère enfin obtenir la faveur sexuelle annuelle que sa patronne lui a promise, et sa propre fille, Poppy, gourou d’une communauté adepte du trampoline, bien décidée à régler ses comptes avec cette mère toxique.

Le roman adopte rapidement la forme d’un road-trip où chaque étape semble avoir pour seul objectif de repousser un peu plus les limites du grotesque. John Waters multiplie les situations délirantes et les personnages extravagants, jusqu’à faire intervenir un pénis doué de parole ou un festival entièrement consacré à l’anulingus.

Chez lui, rien n’est trop excessif. La provocation devient un langage à part entière et l’absurde une mécanique narrative assumée. Les amateurs de son cinéma retrouveront immédiatement cette liberté jubilatoire qui refuse toute forme de bon goût ou de bienséance.

Une mécanique qui finit par tourner à vide

Reste que cette surenchère permanente finit, à mes yeux, par s’essouffler. Après un début amusant, porté par la curiosité de découvrir jusqu’où Waters est prêt à aller, le roman donne progressivement l’impression de recycler sans cesse le même procédé : choquer, provoquer, accumuler les situations les plus outrancières. J’ai rapidement arrêté de compter le nombre de fois où les mots « bite, sexe, anal, etc. » apparaissaient à chaque page…

À force de vouloir repousser toutes les limites, le récit perd de son efficacité. La provocation cesse de surprendre et laisse place à une certaine monotonie.

Je comprends sans difficulté que Sale menteuse puisse devenir un livre culte pour les admirateurs de John Waters, tant il condense tout ce qui fait son identité artistique. Pour ma part, j’y ai surtout vu une longue accumulation de provocations qui, faute de véritable renouvellement, finit par lasser. Une curiosité plus intéressante pour ce qu’elle révèle de son auteur que pour les qualités de son intrigue. Derrière l’accumulation de transgressions et de vulgarités, je n’ai finalement trouvé qu’un récit répétitif dont les 280 pages de vacuité consternante m’ont davantage ennuyé qu’amusé.

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