Oh, les beaux jours ! On a profité de ce mois de juin caniculaire pour se mettre au frais au cinéma, tourner des pages devant un ventilo, et aller voir des spectacles plus ou moins rafraîchissants. Avec 1 film, 5 spectacles et 1 roman, c’est parti pour le bilan culturel du mois de juin !
Disclosure Day, de Steven Spielberg
Ce n’est pas la première fois que Spielberg nous emporte dans une histoire d’extra-terrestres. Mais je dois dire que ce coup-ci, le scénario m’a un peu laissé sur ma faim. Même si le casting est top (surtout Emily Blunt et Josh O’Connor, que l’on avait bien aimé dans le troisième volet d’ÀCouteaux tirés), le tout m’a semblé un peu caricatural et invraisemblable. Même si les scènes d’actions sont réalisées avec brio – celle du train et celle du hangar invisible sont mes préférées –, j’ai nettement préféré ses films précédents : West Side Story, The Fabelmans et Ready Player One.
La Résistible ascension d’Arturo Ui, de Bertolt Brecht par la spécialité Théâtre du lycée Ryamond-Naves
Pendant une année scolaire, les élèves du lycée Raymond-Naves ont travaillé avec les artistes Matthieu Carle et Anouk Orignac pour donner vie aux scènes clés du chef-d’œuvre de Brecht, La Résistible ascension d’Arturo Ui. Accueilliꞏes en salle de répétition au Théâtre de la Cité, ielles ont performé trois soirs consécutifs pour faire entendre toute la contemporanéité de ce texte écrit en 1941. En 2026, les situations imaginées par Brecht résonnent plus que jamais, et les lycéenꞏnes ont su le démontrer avec intelligence. Bravo pour ce travail ambitieux !

Les pas perdus, de Denise Bonal par la classe à Horaires Aménagés Théâtre du Collègue Hubertine-Auclert
Les collégiens d’Hubertine-Auclert ont brillé cette année encore dans cette pièce chorale et fragmentaire, où des individus variés se croisent dans une salle des pas perdus. On a beaucoup ri et apprécié la cohésion du groupe, dans toute sa diversité de profils.
Sept larmes pour Elisabeth, d’Aurélien Bory
Quelle joie de retrouver Thibaut Garcia en spectacle, lui que nous avions tant aimé en duo avec Philippe Jaroussky. Sur la musique de John Dowland, le guitariste et la danseuse Aure Wachter font chacun un pas vers l’univers de l’autre, dans une mise en scène et une scénographie signées Aurélien Bory. Étoile montante du monde de la guitare, Thibaut Garcia met dans ces Seven Teares son propre corps en jeu, pour s’envisager comme un corps-instrument. Familière des collaborations avec des musiciens, Aure Wachter lui répond avec sa curiosité pour la cohabitation des pratiques vocales et du mouvement. Au centre du spectacle, les Lachrimæ, or Seven Teares de Dowland, un recueil de sept pavanes inspirées de sa célèbre chanson « Flow, my Teares ». La mélancolie, un affect fondamental de la période élisabéthaine, inspire à Aurélien Bory un espace scénique où se déploie l’écoulement, « car si les larmes coulent, alors l’espace entier doit couler ».
Depuis toujours nous aimons les dimanches, de Lydie Salvayre lu par Michèle Gary
Une ode à la paresse : voilà le genre de texte qui colle parfaitement avec ma philosophie et mon life style. Laurent Soffiati – Compagnie Idéal Cinéma – a organisé à la fin du mois de juin un joli festival à Bram les 27 et 28 Juin, où Michèle Gary a lu Depuis toujours nous aimons les dimanches de Lydie Salvayre, manifeste poétique et politique pour le droit à la paresse. Nicolas Oustiakine a accompagné ce beau moment de lecture à la contrebasse. Lydie Salvayre est une autrice qui gagne à être connue.
Les Trois sœurs, d’Anton Tchekhov par Emmanuel Daumas
Emmanuel Daumas a travaillé avec l’Atelier Cité et hier soir se déroulait leur sortie de résidence. Dans Les Trois Sœurs, tout ce qui est dit, tout ce qui arrive, est en relation avec la nostalgie, et la sidération angoissée du temps qui passe, dévaste, brûle, ternit, abrutit. Mais la littérature de Tchekhov nous renseigne sur le burlesque et nous indique qu’il ne faut jamais oublier que son œil malicieux est derrière tous les portraits. Travailler en profondeur sur la complexité ambiguë de son art revient à trouver comment approcher le comique satirique, derrière toutes les larmes, en ne perdant jamais cette mélancolie profonde, qui naît de l’absurde, plus que d’une vision romantique de l’existence, mais sans tomber dans les écueils d’une vision simpliste et sordide de l’œuvre. Comment raconter ces « vies gâchées » dans la joie du théâtre ?
Sale menteuse, de John Waters
Si le nom de John Waters vous évoque déjà quelque chose et que vous avez goûté à l’univers outrancier de films comme Pink Flamingos, Cry-Baby ou Female Trouble, alors Sale menteuse pourrait bien être votre prochaine lecture. Ce roman pousse en effet tous les curseurs du mauvais goût, de l’absurde et de la provocation jusqu’à des sommets rarement atteints. Pour les autres, quelques précisions s’imposent. L’héroïne, Marsha Sprinkle, est une kleptomane compulsive spécialisée dans le vol de bagages dans les aéroports. Menteuse pathologique, profondément malveillante et obsédée par son apparence, elle prétend ne survivre qu’avec un ou deux crackers par jour. Lorsqu’un de ses larcins tourne au désastre, elle prend la fuite.
À ses trousses se lance Daryl, son chauffeur, dont la fidélité est entretenue non par un salaire mais par la promesse d’un rapport sexuel annuel avec sa patronne – et le rendez-vous tant attendu devait justement avoir lieu ce jour-là. Dans le même temps, sa fille Poppy, gourou d’une étrange communauté vouée au trampoline, entreprend elle aussi de retrouver sa mère afin de lui faire payer un lourd passif familial. De Baltimore à Provincetown en passant par le New Jersey, cette cavale prend rapidement la forme d’un road-trip délirant où les personnages se confrontent à leurs secrets les plus inavouables. Au fil du récit surgissent une galerie de personnages et de situations toujours plus extravagants : un pénis doué de parole qui revendique une orientation sexuelle différente de celle de son propriétaire, des pratiques improbables et un festival consacré à l’anulingus. Rien n’est trop excessif pour John Waters.
Le lecteur est donc averti : certains verront dans ce roman une œuvre culte, aussi libre qu’iconoclaste ; d’autres n’y trouveront qu’une accumulation gratuite de provocations. Pour ma part, après une curiosité initiale et une certaine indulgence face à cette démesure revendiquée, l’intérêt s’est rapidement émoussé. Derrière l’accumulation de transgressions et de vulgarités, je n’ai finalement trouvé qu’un récit répétitif dont les 280 pages de vacuité consternante m’ont davantage ennuyé qu’amusé.
Et vous, qu’avez-vous vu et lu d’intéressant ce mois-ci ?



