En janvier dernier, je découvrais pour la première fois La Grande Sophie sur scène avec Lettres musicales, un spectacle qui m’avait permis d’entrer dans son univers par une porte particulièrement originale. Avec Tous les jours, Suzanne, l’artiste prolonge cette démarche épistolaire sous la forme d’un livre qui fait écho au concert et en constitue, d’une certaine manière, le pendant littéraire.
Tous les jours, Suzanne : écrire pour raconter une vie
Au fil des pages, La Grande Sophie adresse une série de lettres à Suzanne, destinataire mystérieuse dont on ne sait jamais vraiment si elle est une amie imaginaire, une aïeule ou une figure symbolique. Peu importe finalement : cette interlocutrice devient le prétexte à un récit de soi tout en délicatesse. Sur l’album La Place du Fantôme, elle lui avait d’ailleurs consacré une chanson. Grâce au livre, cette mystérieuse Suzanne prend de plus en plus d’épaisseur…
L’autrice revient sur son enfance, ses débuts dans la musique, les espoirs, les doutes et les obstacles qui jalonnent une carrière artistique. Elle évoque aussi des sujets plus intimes : le temps qui passe, le désir d’enfant, les rencontres déterminantes ou encore les relations parfois compliquées avec les maisons de disques.
La sincérité comme fil conducteur
Ce qui frappe avant tout, c’est la tonalité du livre. Rien n’y paraît forcé ou démonstratif. La Grande Sophie avance avec pudeur, sans jamais chercher à régler des comptes ni à construire une légende personnelle. Chaque lettre donne l’impression d’une confidence déposée avec simplicité. Je n’entendrai plus jamais de la même façon la chanson Peut-être jamais, maintenant que j’ai compris dans quel contexte elle a été écrite.
J’ai particulièrement apprécié cette sincérité tranquille qui traverse l’ensemble. Les thèmes abordés sont universels, mais toujours ancrés dans une expérience personnelle qui leur donne une véritable résonance. D’autres sont de l’ordre de l’anecdote ou du clin d’œil ironique, comme ses rencontres ratées avec Catherine Deneuve, ou celles – réelles cette fois – avec Françoise Hardy et Sylvie Vartan.
Une belle découverte
J’entends parler de La Grande Sophie depuis plus de vingt ans sans que sa musique n’ait jamais vraiment trouvé sa place dans mes playlists. Entre Lettres musicales et maintenant Tous les jours, Suzanne, j’ai pourtant le sentiment de découvrir une artiste profondément attachante, dont la sensibilité et l’intelligence du regard méritent qu’on s’y attarde.
J’ai aimé chacune de ces lettres et refermé ce livre avec l’impression d’avoir fait un peu plus connaissance avec celle qui les a écrites. Une lecture touchante, que je vous recommande vivement, que vous soyez fan de la chanteuse ou que vous ne l’ayez jamais vraiment écoutée comme c’était mon cas.