Il y a des périodes où l’on enchaîne les lectures, d’autres où l’on passe son temps dans les salles de spectacle. Pendant le joli mois de mai, c’est vers les châteaux que mes pas m’ont porté. Cinq sites, cinq atmosphères, cinq manières différentes d’habiter l’histoire. Des forteresses cathares accrochées à la montagne aux demeures plus raffinées de la vallée de la Dordogne, ce parcours m’a rappelé combien les pierres savent raconter les hommes.
Montségur, le vertige de l’Histoire
Impossible de commencer ailleurs. Il faut d’abord gravir le sentier, sentir la pente dans les jambes, lever les yeux vers ce piton rocheux qui semble défier le ciel. Puis apparaît le Château de Montségur.
Le château que l’on visite aujourd’hui n’est pas celui des cathares, mais le lieu demeure chargé d’une puissance symbolique rare – loin des idées reçues que l’on a sur ces fameux Cathares, clichés auxquels on a récemment tordu le cou lors d’une grande exposition toulousaine.
Plus encore que les ruines elles-mêmes, c’est le paysage qui impressionne : les montagnes à perte de vue, le vent, le sentiment d’isolement. On comprend pourquoi ce site continue de fasciner historiens, randonneurs et rêveurs.
Roquefixade, la forteresse sauvage
Quelques jours plus tard, direction le Château de Roquefixade. Moins célèbre que Montségur, il possède pourtant un charme tout particulier. Personnellement, je le trouve même beaucoup plus beau. Petit sentiment de nostalgie tout à fait personnel : j’ai déjà fait la randonnée vers Roquefixade avec Allychachoo il y a 20 ans, alors forcément ça rappelle des petits souvenirs…
Ici, la montée est presque aussi mémorable que l’arrivée. Les vestiges épousent littéralement la crête rocheuse et donnent l’impression que le château est né de la montagne elle-même. Les murs sont plus discrets, mais le site conserve quelque chose de profondément sauvage. On s’y sent loin de tout, face à un paysage immense où l’imagination reconstruit sans peine les possibles tours disparues et les chemins de ronde.
Foix, le château qui domine la ville
Changement complet d’ambiance avec le Château de Foix, en plein cœur de ville. Contrairement aux forteresses perchées et isolées, celui-ci veille sur toute l’agglomération depuis son promontoire. Restauré et mis en valeur avec soin, il offre une visite particulièrement vivante. Les salles d’exposition permettent de mieux comprendre l’histoire du comté de Foix, tandis que les tours offrent des panoramas magnifiques sur la vallée. Tout au long de la visite, des animateurs costumés expliquent les modes de vie médiévaux, le maniement des armes, le fonctionnement des machines de guerre. C’est vraiment passionnant, quel que soit l’âge !
C’est peut-être le plus pédagogique des cinq sites visités, mais cela ne l’empêche pas de conserver une vraie force d’évocation. Lors de ma visite en ce mois de mai 2026, le château abritait même une exposition faisant le parallèle entre héros de jadis (Jeanne d’Arc, Roland, Hercule…) et ceux dont raffolent nos gosses (Wonder Woman, Spider Man et tutti quanti). Un bon moyen de captiver ceux que la culture trop classique ennuie.
Commarque, la poésie des ruines
Niché au fond d’une vallée verdoyante, loin des grands axes touristiques, le site du Château de Commarque apparaît presque par surprise. Ici, les ruines ne dominent pas le paysage : elles semblent dialoguer avec lui. Tours éventrées, murailles percées, lumière filtrant entre les pierres…
Peu de sites donnent à ce point l’impression de traverser les siècles en quelques centaines de mètres. Car la singularité de Commarque réside surtout dans l’épaisseur temporelle qu’il rassemble. Bien avant les chevaliers et les seigneurs, des hommes ont occupé ces lieux dès la Préhistoire. Les reliefs qui se trouvent sous le château abritent plusieurs grottes ou habitats troglodytiques. On passe ainsi, en quelques pas, d’un témoignage des premiers peuplements humains à un ensemble fortifié qui raconte l’organisation féodale du Moyen Âge. Malheureusement, les grottes souterraines ne sont pas accessibles en visite libre…
Néanmoins, cette superposition est fascinante. Là où beaucoup de monuments appartiennent à une période précise, Commarque semble condenser plusieurs âges de l’humanité. Les cavités préhistoriques rappellent les origines les plus anciennes de notre présence sur ces terres ; les ruines du château évoquent les luttes de pouvoir, les rivalités seigneuriales et la grandeur médiévale ; quant à la restauration engagée depuis plusieurs décennies, elle raconte notre rapport contemporain au patrimoine, notre volonté de sauvegarder et transmettre ce qui aurait pu disparaître.
Car Commarque est aussi une histoire de renaissance. Longtemps abandonné, envahi par la végétation, le site a été progressivement dégagé et restauré. Cette résurrection donne à la visite une tonalité particulière : on n’y contemple pas seulement un monument du passé, mais également le résultat d’un travail de mémoire mené au présent.
Les Milandes, l’empreinte de Joséphine Baker
Le voyage s’est achevé au Château des Milandes, dont l’histoire récente est presque aussi fascinante que son passé.
Bien sûr, l’architecture Renaissance séduit immédiatement. Mais ce qui marque le plus, c’est la présence de Joséphine Baker, qui en fit l’acquisition en 1947 jusqu’en 1968. La visite raconte avec émotion la vie de cette artiste hors du commun, son engagement dans la Résistance et son rêve de fraternité incarné par sa célèbre « tribu arc-en-ciel ».
Si le château a été la propriété de nombreuses familles au fil des siècles, le choix aujourd’hui est de le présenter essentiellement comme « le château de Joséphine Baker »… et sa présence est partout : photos aux murs, robes de scène en vitrines, et des salles de bain assez incroyables !
Après les forteresses guerrières et les ruines médiévales, cette dernière étape apporte une dimension plus humaine, plus intime.
Les pierres et le temps
De l’Ariège à la Dordogne, ce mois de châteaux m’a rappelé qu’il existe mille façons de raconter l’histoire. Certains sites impressionnent par leur puissance militaire, d’autres par leur beauté, d’autres encore par les destins humains qui les ont traversés.
Montségur, Roquefixade, Foix, Commarque, Les Milandes : cinq lieux très différents, mais un même plaisir. Celui de marcher parmi les pierres, de laisser travailler l’imagination et de sentir, l’espace de quelques heures, que le passé n’est jamais tout à fait passé.





2 comments
Ô, Commarque, j’en ai parlé ici même… Il y a 13 ans ! J’avais absolument adoré les ruines de ce château. J’adore ta présentation de ces châteaux, ça me donne vraiment envie. Des années que je ne suis pas allée à Foix, à faire avec les enfants !
Oui, j’ai pensé à toi en écrivant cet article, je me suis dit qu’une saison à visiter des châteaux, ça allait te parler !