C’est parti pour la 47e édition de Piano aux Jacobins, le rendez-vous incontournable de la rentrée culturelle toulousaine. L’an dernier, nous avions assisté à plusieurs concerts du festival, avec à chaque fois un plaisir renouvelé (Vanessa Wagner, Clayton Stephenson, Fazıl Say). Il faut dire que Piano aux Jacobins sait aussi bien réunir de grands noms du piano que nous faire découvrir des interprètes ou des répertoires moins attendus.
Pour mon premier concert de cette nouvelle édition, je suis allé écouter Anna Petrova-Forster qui rendait hommage à Jan Václav Voříšek & Franz Schubert.
Grâce à Anna Petrova-Forster, Voříšek sort de l’ombre
Pour son premier récital en France, Anna Petrova-Forster a fait le choix de la découverte en consacrant une place importante à Jan Václav Voříšek, compositeur bohémien aujourd’hui largement éclipsé par son contemporain et ami Franz Schubert.
Et c’est précisément ce rapprochement qui a titillé ma curiosité et m’a donné envie d’aller entendre ce concert. Il faut dire que le programme était particulièrement intéressant : Voříšek est en effet considéré comme l’un des véritables inventeurs de l’impromptu, cette forme qui allait devenir indissociable de Schubert. Chez lui, on trouve déjà cette impression de spontanéité, cette liberté de la phrase et cette poésie de l’instant qui donnent à l’impromptu son caractère si particulier.
Mais entendre Voříšek avant Schubert permet surtout de remettre les pendules à l’heure : il n’est pas simplement un brouillon de ce que Schubert allait accomplir. Son écriture possède déjà sa propre personnalité, et Anna Petrova-Forster prend justement le temps de la faire entendre.
Schubert, évidemment…
Le programme permet ensuite de mesurer ce que Schubert va faire de cette invention. L’apparente improvisation devient chez lui un véritable laboratoire musical. Derrière la simplicité mélodique et l’impression de liberté se cache une construction d’une étonnante subtilité. La Sonate D. 845, que la pianiste interprète au cours du récital, donne évidemment une tout autre ampleur à cette comparaison. J’ai cependant éprouvé un petit manque d’émotion dans cette interprétation très sérieuse et académique.
Entre chaque morceau, Anna Petrova-Forster prend le micro pour nous donner les clés afin d’écouter Schubert autrement. En plaçant Voříšek à ses côtés, elle raconte une histoire de filiation sans réduire le premier à un simple précurseur du second. Une belle manière donc, dans cette 47e édition de Piano aux Jacobins, de faire réentendre ce que l’on connaît déjà, mais surtout nous donner envie d’écouter ce que l’on connaît moins.
Le festival est loin d’être terminé. Il se poursuit jusqu’au 30 septembre et nous ne manquerons pas d’aller écouter dès la semaine prochaine Ignasi Cambra (qui accordera aussi une place à Schubert dans son récital, avec la Sonate en la majeur, D. 959), mais aussi de découvrir Pianip Pianop, la proposition du chorégraphe Pierre Rigal qui promet de croiser le classicisme du piano avec la modernité de la danse hip-hop. On a hâte !
Et vous, quels concerts classiques irez-vous écouter cette année ?
