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Primetime [CRITIQUE]

by Julien
Primetime Robert Pattinson

Il y a des films que l’on aime, des films que l’on admire. Et puis des films dont on sort avec une sensation beaucoup plus étrange : on sait qu’on vient de voir quelque chose de réussi, mais on se demande déjà ce qu’il va nous en rester. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec Primetime, le nouveau film de Lance Oppenheim avec Robert Pattinson. Vous le savez si vous lisez régulièrement mes chroniques ciné, Pattinson fait partie de mes acteurs fétiches. J’avais adoré ses performances dans The Drama et Mickey 17. Mais j’avais été beaucoup moins convaincu par se prestation dans L’Odyssée (alors que Christopher Nolan l’avait beaucoup mieux dirigé dans Tenet).

Primetime : bienvenue dans la télévision américaine des années 2000

Primetime revient sur l’histoire du programme To Catch a Predator, lancé au début des années 2000 sur NBC et devenu un phénomène aux États-Unis. L’objectif pour la chaîne était de concurrencer la série Lost, qui connaissait un énorme succès à la même époque. Le principe de l’émission était aussi simple que profondément dérangeant : attirer des hommes soupçonnés de vouloir avoir des relations sexuelles avec des mineurs dans une maison-piège, les confronter devant des caméras cachées, puis filmer leur arrestation. Le tout transformé en spectacle télévisuel.

Un univers que je ne connaissais absolument pas et qui constitue finalement le vrai sujet du film. Jusqu’où peut-on aller au nom de l’audience, lorsque l’on transforme la traque et la sentence en divertissement ?

Pattinson incarne Chris Hansen, le journaliste à l’origine de cette émission, tandis que Skyler Gisondo interprète Dan, un jeune comédien recruté pour jouer un faux adolescent servant d’appât.

Pattinson, encore une fois impeccable

Sur le plan purement cinématographique, difficile de trouver grand-chose à redire. Le film est remarquablement mis en scène. Le montage est efficace et l’ambiance visuelle reproduit avec beaucoup d’intelligence l’esthétique télévisuelle de cette époque. J’ai particulièrement été sensible au grain de la pellicule. Le réalisateur a notamment travaillé avec plusieurs formats de caméra pour retrouver cette texture imparfaite des images du début des années 2000.

Et Pattinson est excellent. Il compose un Chris Hansen fascinant, à la fois sûr de lui, ambitieux et progressivement happé par le dispositif qu’il a lui-même contribué à créer. Une interprétation très maîtrisée, sans chercher à rendre le personnage artificiellement sympathique ou antipathique.

De son côté, Skyler Gisondo est lui aussi remarquable dans un rôle beaucoup plus fragile qu’il n’en a l’air.

Et pourtant… rien ne reste

C’est là où mon problème avec Primetime devient assez difficile à expliquer. J’ai été captivé pendant toute la projection. Je n’ai pas regardé ma montre ni trouvé le temps long. Je reconnais volontiers que le film est très bien fait. Et pourtant, en sortant de la salle, je me suis dit : « Très bientôt, je n’en aurai probablement plus aucune image en tête. »

Pas de séquence qui me hante ni de scène dont j’ai envie de reparler. Ni même véritablement d’émotion qui continue de travailler après le générique.

C’est d’autant plus étrange que le sujet est passionnant et que le film semble précisément vouloir interroger cette machine médiatique qui transforme tout en spectacle. Mais peut-être est-ce justement là son paradoxe : Primetime critique une télévision qui fabrique des images consommables… tout en produisant lui-même un objet dont les images, aussi impeccablement fabriquées soient-elles, me semblent finalement assez vite consommées.

Un très bon film, donc. Un excellent Pattinson. Une mise en scène irréprochable. Mais, pour moi, une étrange sensation de vide une fois la lumière rallumée. La scène épilogue m’a d’ailleurs paru totalement hors-sujet (ou alors, c’est moi qui n’ai pas véritablement compris le sujet du film).


Et vous, vous l’avez-vu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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