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20 livres pour passer l’été

by Julien
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Il y a deux ans, nous vous proposions 20 idées lecture pendant l’été. Et comme certains l’ont réclamé, nous vous proposons aujourd’hui une nouvelle liste pour des dizaines d’heures de lecture pendant les vacances. Au programme : du thriller, de la BD, de la S.F. et toutes sortes de romans éclectiques ! Quels que soient vos goûts, il y a forcément un livre pour vous sur Culture déconfiture !

1. N’éteins pas la lumière, de Bernard Minier / Polar

Christine est animatrice de radio, et sa vie bascule suite à une sombre – très sombre – histoire de harcèlement. Tout tombe autour d’elle comme un château de cartes. En parallèle, le commandant Servaz enquête sur une artiste qui s’est suicidée quelques mois auparavant. Deux histoires différentes, pour une intrigue qui mets un peu de temps à se mettre en place avant de nous exploser à la gueule par son machiavélisme ! Cette fois-ci ce n’est pas le commandant qui est au centre de l’histoire mais clairement Christine. Ce qui peut paraître un peu déstabilisant au début est en fait un superbe twist narratif qui nous permet de nous immerger à fond dans une autre histoire sans pour autant perdre de vue notre policier fétiche. Disons que l’une des trames qu’on a pu suivre depuis Glacé et Le cercle est pas mal mise de côté, mais justement on découvre un aspect plus “quotidien” du travail de Servaz au sein de sa brigade toulousaine, ce que j’ai beaucoup aimé. On est sur une enquête retorse, avec des personnages malsains et des faux-semblants qui nous entraînent sur des abords insoupçonnés. Je dois vous le dire, N’éteins pas la lumière est – pour l’instant – mon préféré de tous les Bernard Minier ! Le dénouement est tellement incroyable qu’il m’a littéralement soufflé ! Si tous les tomes grimpent d’un cran, inutile de vous dire que j’ai hâte de lire la suite des aventures du commandant Servaz.

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N’éteins pas la lumière – Bernard Minier

2. Gérard, de Mathieu Sapin / B.D.

C’est bien de l’acteur franco-russe dont il est question dans cette BD ! D’abord convié à accompagner Gérard Depardieu sur les traces d’Alexandre Dumas dans le Caucase, Mathieu Sapin a trouvé l’animal si intéressant qu’il s’est proposé de le suivre pendant cinq ans de sa vie (dans ses voyages, sur ses tournages…) pour concevoir ce portrait unique en son genre. Dans une série de chapitres non dénués d’humour, Mathieu Sapin a croqué Depardieu dans toutes les situations et dans tous ses états. Sur un plateau, autour d’une table, dans son appartement-musée parisien, dans des rencontres diplomatiques, dans un sauna près de Moscou… L’on comprend peu à peu que, derrière la star aux frasques ultra-médiatisées et à l’allure d’ogre, se révèle un homme sensible et intelligent. Son charisme et sa carrière artistique lui ont peu à peu conféré la stature d’un chef d’état (voire plus), ce qui fait que chacune de ses visites dans un pays lui vaut les honneurs nationaux et lui permet de rencontrer les hommes les plus puissants (politiquement et économiquement). Mais Depardieu ne se départit jamais de sa simplicité et de son humour, comme lorsqu’il colle « par surprise » son gros nez sur la joue de Poutine qui reste interdit ! Les épisodes cocasses ne manquent pas dans ce récit à 100 à l’heure! D’autres épisodes sont plus touchants et poétiques, notamment lorsqu’il se laisse aller à des pensées sur la mort et la mémoire, ou bien lorsqu’au Portugal, se croyant seul, il câline et a un tendre dialogue de dix minutes avec un chien qui pue. Drôle et sensible à la fois. Bref, j’ai vraiment adoré la lecture de cette BD. Pas une biographie, encore moins une hagiographie ni un portait à charge… ce reportage dépeint avec beaucoup de simplicité un acteur que l’on connaît déjà par cœur, mais qui continue pourtant toujours de nous surprendre !

Gérard – Mathieu Sapin

3. Je suis tel que vous m’avez défait, de Michel Zaccaro / Roman

152 pages pour une vie, celle d’un homme. Un texte court pour une vie qui passe à toute allure, entre une mère non aimante qui ne le lâche pas et un père peu incarné, une famille à la fois absente et omniprésente, une homosexualité en partie honteuse, une quête de l’intimité et de la stabilité. De l’enfance à l’âge mûr, avec la déception terrible de l’âge adulte, dans toute sa cruauté. J’ai lu ce récit d’une traite, d’un souffle, comme il se doit je pense. Ce rythme très rapide a son importance. Sans fioritures, sans grandes phrases, Michel Zaccaro va droit au but pour dérouler la vie de cet homme et ses méandres tortueux. Ce n’est pas une vie facile, on le ressent durement à la lecture, et j’ai été étonnée par les notes d’espoir que distille le narrateur. Il y a de l’âpreté, du désespoir. Et toujours en fond cette forme de naïveté de cet homme qui tente encore. La lecture de ce récit m’a marqué par une forme d’écriture à la fois détachée face à toutes ses épreuves, et quelques éclairs fulgurants d’émotion brute. C’est un drôle de mélange je dois dire, et même si je n’ai pas accroché avec l’ouverture vers l’avenir que propose le narrateur, on sent une sensibilité à fleur de peau qui ne peut qu’interpeller. Si vous êtes à la recherche d’une lecture rapide et prenante, je ne peux que vous recommander Je suis tel que vous m’avez défait de Michel Zaccaro.

Je suis tel que vous m’avez défait – Michel Zaccaro

4. Les prépondérants, d’Hédi Kaddour / Roman

1920 au Maghreb. La ville de Nahbès accueille l’équipe de tournage d’un film hollywoodien. On découvre d’abord une jeune veuve cultivée, Rania, et son cousin Raouf, aux opinions nationalistes. La troupe du film Le guerrier des sables introduit dans ce monde un vent de folie américain, avec en écho les frasques d’un célèbre procès d’acteur. Kathryn Bishop, l’actrice principale du film, le voisin français Ganthier et la journaliste parisienne Gabrielle Conti complètent les personnalités à suivre de ce roman. Les prépondérants est divisé en 3 parties, le tournage du film à Nabhès tout d’abord, puis le voyage quasiment initiatique de Ganthier et Raouf à Paris, et enfin le retour de nos différents protagonistes au Maghreb. C’est un roman qui a son propre rythme, un drôle de rythme assez lent et sans “but” véritable. J’ai pensé un moment ne pas réussir à me fondre dans ce rythme, à ne pas réussir à m’attacher à cette histoire qui n’en est pas une, et pourtant ! Il y a certes la confrontation entre la vie hollywoodienne et les traditions du pays qui est intéressante à lire, à une époque où le protectorat français sur la Tunisie est remis en question, qui est passionnante, le tout sur fond de discussions sociétales. Mais honnêtement ce n’est pas ce background historique qui m’a le plus marqué. C’est vraiment la plume d’Hédi Kaddour qui a ce petit quelque chose d’indéfinissable qui m’a accroché petit à petit, sans que je ne puisse exactement mettre le doigt sur ce qui a fait tilt.

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Les prépondérants – Hédi Kaddour

5. H.P. Lovecraft, contre le monde, contre la vie, de Michel Houellebecq / Essai Biographique

On connait Houellebecq pour ses romans, un peu moins pour ses essais. Pourtant, en 1999 (déjà 20 ans), il a consacré une étude biographique à H.P. Lovecraft, l’un des plus romanciers de SF le plus déroutant du vingtième siècle, référence pour tous les amateurs du genre. Pour vous donner une idée de l’importance de cet essai : Stephen King en personne a donné de la plume pour écrire la préface ! Oui oui ! Cette œuvre donne un éclairage particulier sur cet écrivain, l’origine de ses névroses et des sentiments paranoïaques distillés dans chacun de ses romans et nouvelles. Portrait d’un auteur culte qui haïssait le monde et la vie !

H.P. Lovecraft contre le monde, contre la vie – Michel Houellebecq

6. Chacun son chat, de Philippe Geluck / B.D.

Doit-on encore présenter le chat de Philippe Geluck ? Décliné en BD, en série TV et même en goodies en tous genres, il nous enchante avec ses strips en 3 cases pleins d’humour et de bon sens ! Chacun son chat est l’album parfait pour une heure de rire intelligent.

Chacun son chat – Philippe Geluck

7. Les gens dans l’enveloppe, d’Isabelle Monnin avec Alex Beaupain / Livre & C.D.

Un roman. Un CD. Une enquête. Les gens dans l’enveloppe, c’est les trois à la fois. L’autrice a acheté aux enchères une boîte en série de photos de gens qui lui étaient tout à fait inconnus. Elle s’en est servie pour imaginer une histoire, celle d’une famille. Puis, elle a demandé à son ami Alex Beaupain de composer des chansons inspirées de son récit. Enfin, elle s’est lancée dans une grande enquête pour retrouver les véritables propriétaires de ces photos, et comparer la réalité avec ce qu’elle avait imaginé. Un concept formidable ! Une œuvre triple qui mérite d’être connue.

Les gens dans l’enveloppe – Isabelle Monnin

8. Tue-tête, de Frédéric Sounac / Roman d’anticipation

Dans l’Europe du vingt-quatrième siècle, bouleversée par le choc climatique et les radiations, les hommes sont massivement atteints d’androcordite, une maladie qui attaque leurs cordes vocales et met à mal leur virilité, les forçant à recourir à divers traitements et implants de synthèse. Mais le chanteur lyrique Melchior Maluir, « baryténor », semble épargné par ce fléau et donne de nombreux concerts sous le surnom de « Tue-Tête », accompagné au piano par la non moins mystérieuse Zoé Zaffius, et toujours secondé par son majordome David Adhum. Parallèlement, le politicien Alessandro Born travaille à sa réélection à la tête d’Europack (cette Europe unifiée du futur) jouant de ses relations avec les médias, les forces économiques et les gourous d’un nouveau courant de pensée : les Jésus m’aime. Enfin, le roman raconte l’enquête d’Ida Mésange, jeune inspectrice orpheline et élevée par sa grand-mère, qui tente de comprendre le lien entre plusieurs victimes dont les têtes ont explosé ou fondu. Ses investigations vont l’amener à découvrir les coulisses du pouvoir mais aussi à mieux comprendre le mystère de ses propres origines.

Tue-Tête est un roman tentaculaire qui pose la question du pouvoir de la musique et du chant, et interroge l’identité et la virilité. La quête de chaque personnage permet de révéler un nouvel aspect du monde de demain (qui, dans un autre style, m’a fait penser au Monoplis de Starmania avec ses collusions d’univers politiques, médiatiques, artistiques et religieux) selon la pure tradition de la SF de qualité. Une mise en garde néanmoins, ne renoncez pas dès les premières difficultés du style ou du récit qui risquent de vous déstabiliser, Tue-Tête n’est pas un roman qui livre toutes ses clés d’emblée, mais en dépit de sa densité il donne une immense satisfaction une fois ces obstacles franchis.

Tue-Tête – Frédéric Sounac

9. La nuit des temps, de René Barjavel / S.F.

Un signal radio envoyé depuis les profondeurs des glaces antarctiques. Une expédition scientifique. Puis deux corps retrouvés figés sous terres, casqués d’or, avec les vestiges d’une civilisation disparue depuis 900 000 ans. Lentement, les deux individus exhumés sont ramenés à la vie. Un roman incontournable de l’histoire de la S.F. à la française !

10. 1984, de George Orwell / Roman d’anticipation

Big Brother vous regarde. Dans ce lointain futur qu’est 1984 (pour les gens de 1949), il n’est plus possible d’échapper au regard de Big Brother qui sait tout, qui voit tout. George Orwell nous mettait en garde contre une société totalitaire émergente dans une guerre permanente. Puis la réalité a dépassé la fiction. Ca fait froid dans le dos comme un bon épisode de Black Mirror, mais en pire !

11. Une autobiographie, d’Agatha Christie / Autobiographie

C’est une dame déjà assez âgée qui prend la plume pour raconter sa vie. Une grande dame du roman policier, qui va coucher sur le papier ses souvenirs d’enfance, de jeune fille, de femme. Si on est globalement dans un suivi chronologique, Agatha Christie n’est absolument pas dans une rigueur absolue. On est presque au coeur d’une discussion, vraiment le sentiment d’avoir une charmante mamie en face de soi, qui te parle de trucs qui traînent parfois un peu en longueur, mais avec un tel talent de conteur que tu écoutes religieusement avec un petit sourire. Je ne connaissais pas sa vie, donc du coup j’ai vraiment tout appris de son enfance de petite anglaise de la classe moyenne, son éducation, ses débuts en tant qu’écrivain… J’ai d’ailleurs adoré lire la manière dont elle considère chacune de ses “lubies” et notamment l’écriture. C’est fascinant de voir comment cette si grande écrivaine (66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre dixit sa fiche Wikipédia, excusez du peu) a envisagé sa carrière. Venue à l’écriture par hasard, au roman policier par challenge, elle se voyait finalement comme un “artisan” de l’écriture, vraiment comme un métier avec des gestes précis à accomplir plutôt qu’un art issu de l’inspiration. C’est vraiment intéressant de voir cette posture, de comprendre comment elle pouvait construire ses romans, d’imaginer le côté un peu répétitif de sa tâche finalement. Au-delà de l’écriture, Agatha Christie nous fait partager sa découverte et son amour de l’archéologie, via son deuxième mariage avec Max Mallowan. J’ai adoré quand elle parle de sa vie sur les chantiers au Moyen-Orient, comment elle s’est intéressée à la retranscription de dessin, ri quand elle parle de ses différends avec son mari car elle voulait faire des photos “artistiques” des découvertes… Cette deuxième partie de sa vie est d’ailleurs ce qui m’a le plus plu dans cette autobiographie. On y sent un vrai plaisir de l’existence, de ce qu’elle fait, de ce qu’elle maîtrise, des rapports avec sa famille…

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Une autobiographie – Agatha Christie

12. Le maître et Marguerite, de Michail Boulgakov / Roman

Roman d’amour ? Critique sociale ? Conte fantastique ? Le maître et Marguerite, c’est tout ça à la fois (et l’un des plus grands romans de la littérature russe). Dans la Russie des années 30, Satan se manifeste sous l’apparence du magicien Woland et croise la route d’un poète, mais aussi d’un romancier qui a consacré son œuvre à la vie du Christ et à Ponce Pilate. Suite à l’échec de son roman, ce « maître » s’est coupé du monde ainsi que de son aimée, Marguerite. Cette dernière passe un pacte avec Woland pour devenir sorcière… Vous n’avez rien compris ? En effet, ce chef-d’oeuvre ne se résume pas : il se lit !

13. Don Quichotte, de Miguel Cervantès / Roman

Vous ne savez pas quoi lire cet été ? Vous avez peur de vous ennuyer dans votre transat ? Pourquoi ne pas vous attaquer au plus grand best-seller de tous les temps ? Hé oui, Don Quichotte est (à part les textes sacrés) l’oeuvre de fiction la plus traduite et la plus lue au monde ! Et il y a de quoi : son héros décide de partir arpenter les terres arides de l’Espagne pour imiter les grands chevaliers du temps jadis, afin de retrouver sa belle Dulcinée (c’est de là que vient l’expression) et la délivrer des sortilèges d’un terrible enchanteur. A dada sur son vieux cheval Rossinante, accompagné de son écuyer d’occasion Sancho Pança, Don Quichotte vit mille et une aventures, notamment celle des moulins-à-vent immortalisée par Picasso. Vous n’avez jamais lu Don Quichotte ? Alors c’est comme si vous n’aviez jamais rien lu !

14. Shangri-La, de Mathieu Bablet / B.D.

Après une probable apocalypse qui a rendu la Terre inhospitalière pour les Hommes, ce qu’il reste de l’humanité s’est exilée dans une station spatiale utopique dirigée par Tianzhu, une entreprise des nouvelles technologies qui possède tout ce que les Hommes produisent et consomment. Peu a peu, un programme de terraformation et de colonisation de Titan (lune de Saturne) est mis en place, avec pour projet d’y implanter une nouvelle humanité : l’homo stellaris. Scott est chargé d’enquêter sur de suspectes explosions dans les laboratoires de recherche de Tianzhu, alors que se forme peu à peu une poche de résistance sous l’étendard du mystérieux Mister Sunshine.

Shangri-La est un très bel ouvrage de 220 pages qui vous donnera de belles heures de lecture (et de contemplation). Difficile à lire d’une traite, mais vraiment passionnant : on s’y plonge comme dans la lecture d’un bon roman de science-fiction. Le scénario ne manque pas de profondeur, même si on éprouve une petite sensation de déjà-vu. Outre l’enquête menée par Scott autour du projet démiurgique de Tianzhu, l’histoire permet de faire une critique à peine voilée de la société de consommation dans laquelle nous vivons, sa violence et les manipulations auxquelles nous soumettent les multinationales grâce aux nouvelles technologies qui envahissent nos espaces visuels mais également mentaux. Difficile de ne pas voir derrière Tianzhu une caricature cinglante d’Apple et de Google et leur politique à la big brother à laquelle nous ne parvenons pas à résister.

Shangri-La – Mathieu Bablet

15. Un roi sans divertissement, de Jean Giono / Roman

Entre les massifs alpins du Vercors et du Dévoluy, une sordide enquête policière met à l’épreuve le capitaine de gendarmerie Langlois dans un village isolé par la neige. En effet, le propriétaire d’une scierie a découvert dans les branches d’un arbre le cadavre d’une jeune fille mutilée… Cette enquête ne laissera pas Langlois indemne, obsédé par le mystérieux meurtrier, même lorsqu’il participera à une chasse au loup plusieurs années plus tard. Le roman est surtout remarquable aussi par sa narration caractérisée par la multiplicité des voix, qui vise à restituer la tradition orale d’événements vieux d’un siècle. Ce choix narratif permet également de multiplier les points de vue sur le personnage principal, le mystérieux et troublant Langlois, jusqu’au terrible dénouement !

16. A rebours, de Joris-Karl Huysmans / Roman

Ce roman n’est pas vraiment narratif, il est donc assez difficile à résumer. Au mieux, on pourrait donner une ambiance générale. Son héros, Jean des Esseintes, est un intellectuel décadent de la fin du dix-neuvième siècle, atteint comme beaucoup de ses semblables à la même époque du « mal du siècle », du spleen… Après une vie agitée pendant laquelle il a fait l’expérience de tout ce que pouvait lui offrir la société de son temps, le jeune homme se retire dans une vaste demeure décorée avec une excentricité baroque, dans laquelle il réunit les ouvrages les plus précieux à ses yeux, les objets les plus rares, et se consacre à l’oisiveté et à l’étude. L’essentiel des chapitres du roman sont donc une description de ce qui remplit sa maison, notamment les rayonnages de sa bibliothèque qui sont autant de prétextes à l’éloge des auteurs qu’il admire le plus (notamment les symbolistes, les romantiques et les romanciers du fantastique). Si vous lisez ce roman comme un long poème en prose, comme une divagation symboliste et décadente, alors vous saisirez l’essence d’une fin de siècle. Ce n’est certainement pas pour rien que certains poètes du vingtième siècle ont considéré A rebours comme un modèle, notamment Oscar Wilde qui s’en est inspiré pour écrire Le portrait de Dorian Gray, et surtout Serge Gainsbourg (notre poète préféré sur Culture déconfiture) qui pouvait en réciter des passages entiers ! Ce roman m’a semblé éveiller tous mes sens en le lisant, tant les descriptions des décors, des parfums et textures est minutieuse et poétique. Sans pour autant n’être porté par aucune intrigue, ce roman m’a, en quelques sortes, fait voyager dans un autre univers, ou plutôt dans une autre époque. Je pense sans aucun doute que ce roman est l’un de ceux que je relirai dans ma vie (et peut-être plus d’une fois), comme on relit de beaux poèmes ou que l’on réécoute de beaux opéras.

A rebours – Joris-Karl Huysmans

17. Stupeur et tremblements, d’Amélie Nothomb / Autofiction

Difficile de démêler le faux du vrai dans les romans soi-disant autobiographiques d’Amélie Nothomb. Quoi qu’il en soit, celui-ci fait sans nul doute partie de mes préférés de l’autrice belge. Elle y narre son expérience professionnelle d’un an au Japon dans la compagnie Yumimoto où elle fut engagée comme interprète. De maladresses en malchance, cette catastrophique expérience se transforme en série d’humiliations jubilatoires et donne une peinture vitriolée de la société japonaise et des maux qui la gangrènent. Un roman fort bref, jalonné de beaux portraits.

18. Trois jours et une vie, de Pierre Lemaitre / Roman noir

La fin d’année 1999 connut une série d’événements catastrophiques pour le jeune Antoine. La terreur s’installe dans le village de Beauval le jour où le petit Rémi Desmedt, 6 ans, disparaît mystérieusement. Pierre Lemaitre signe une nouvelle fois un roman noir dont il a le secret, nous entraînant chapitre après chapitre dans les directions que – bien sûr – nous n’avions pas soupçonnées. C’est court. C’est efficace.

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Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

19. Les Visages, de Jesse Kellerman / Thriller

Quand Ethan Muller décide d’exposer dans sa galerie d’art contemporain les dessins d’un artiste inconnu, retrouvés dans un appartement abandonné, il ne se doute pas qu’il va recevoir le coup d’un fil d’un inspecteur à la retraite qui a reconnu, sur certaines feuilles, les visages d’enfants assassinés 40 ans plus tôt, et dont les meurtres n’ont jamais été résolus. L’enquête est rouverte pour retrouver ce mystérieux artiste et faire la lumière sur ces assassinats sordides. Pour son premier roman, Jesse Kellerman a frappé très fort, avec ce roman captivant et stylé, polar dont le héros n’est pas un policier mais un esthète. Une fois que je me suis lancé dans ce roman, impossible de le lâcher avant d’en connaître les aboutissants !

Les visages – Jesse Kellerman

20. Le roi tué par un cochon, de Michel Pastoureau / Essai

Le roi tué par un cochon est une enquête historique sur un événement connu des spécialistes mais qui fait parfois seulement figure d’anecdote dans nos livres d’Histoire : la mort du successeur de Louis VI le Gros, le roi Philippe, mort à quinze ans à la suite d’une chute de cheval causée par un cochon diabolique surgissant d’une rue de Paris. Un accident si bête, si honteux, et ayant eu lieu alors que le roi était si jeune qu’il n’est souvent même plus cité dans la liste des rois de France… Cette plongée dans le douzième siècle est passionnante. Pastoureau nous raconte dans un style d’une grande clarté les coutumes d’une époque éloignée. C’est l’occasion pour les lecteurs que nous sommes de revenir sur de nombreux symboles ou certaines pratiques ancestrales : l’interdit alimentaire de certaines religions vis-à-vis du porc, le choix de la fleur de lis comme blason de la monarchie, ou bien le patronage de la Vierge Marie sur la France (à qui l’on doit le bleu de notre drapeau tricolore, ou le maillot de nos équipes sportives nationales). Qui aurait cru que tout cela était la conséquence d’un accident entre un jeune roi effacé des livres d’Histoire et un banal cochon ?

Le roi tué par un cochon – Michel Pastoureau

Alors, quel bouquin emporterez-vous en vacances cet été ? Dites-le nous dans les commentaires et parlons-en !

Qui a écrit cet article ?

culture déconfiture Julien

Faire la sieste sous les tropiques, parler littérature, théâtre et cinéma, écouter le craquement du glaçon plongé dans l'eau, frissonner avec Lovecraft, planifier des voyages en Italie... J'adore l'esprit rabelaisien, l'accent du sud-ouest et autres futilités de l'existence.

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2 comments

Anne 21 juin 2019 - 16 h 21 min

J’ai adoré les Gens Dans l’Enveloppe, mais je n’ai pas réussi à trouver la musique associée…

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Julien 21 juin 2019 - 16 h 53 min

Quel dommage, les différents objets (fiction, enquête, album et musique) fonctionnent parfaitement ensemble et donnent toute sa profondeur au projet. Personnellement, j’ai acheté le tout ensemble, le CD et le livre étaient dans le même coffret. Le CD semble porter le même titre. Voici quelques morceaux que l’on peut entendre sur youtube : du bois et des pierres (chanté par Camélia Jordana) https://www.youtube.com/watch?v=Tf-PDsSt2Ho ; et Mon cher (chanté par Clotilde Hesme) https://www.youtube.com/watch?v=DEIEuPF1YNA

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