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Fuites d’encre, le nouveau recueil de nouvelles de Bertrand Mathieux [CRITIQUE]

by Julien
Fuites d'encre Bertrand Mathieux L'Harmattan

Cela faisait un petit moment que l’on n’avait pas parlé de nouvelles sur Culture déconfiture. Alors pour bien commencer l’année 2024, je me suis plongé dans le deuxième recueil de Bertrand Mathieux, Fuites d’encre, publié chez L’Harmattan. Rappelez-vous, je vous avais déjà parlé de cet auteur il y a quelques années pour son premier livre qui m’avait beaucoup séduit à l’époque. Dans Fuites d’encre, son style s’est affiné et ce qui m’avait plu à l’époque m’a paru encore meilleur dans ce nouveau recueil.

Fuites d’encre, 6 nouvelles à la lisière du fantastique

Le nouveau recueil de Bertrand Mathieux comporte moins d’histoires que le précédent (qui contenait neuf récits) mais ses 6 nouvelles nouvelles n’en sont pas moins intéressantes et troublantes. La première est celle qui prête son titre à l’ensemble du recueil et j’ai trouvé que c’était une nouvelle liminaire des plus captivantes. Un romancier y découvre que son œuvre donne lieu à des interprétations très différentes chez ses lecteurs, parfois très éloignées de ses intentions premières. Jusqu’à quel point un texte peut-il échapper à son auteur ? Forcément, vous sentez poindre la mise en abyme…

Les nouvelles suivantes nous entraînent elles aussi dans un entre-deux, un décalage entre rationnel et irrationnel, jamais trop loin du réel mais toujours à la lisière du fantastique. Bertrand Mathieux a un véritable talent pour créer des situations ordinaires où l’on se reconnait d’instinct et qui en même temps nous troublent par certains détails. Il n’a jamais besoin de pousser le curseur très loin pour que l’on sente qu’à tout moment on pourrait perdre pied. Mais contrairement à Stephen King ou Lovecraft (qui basculent volontiers dans le bizarre et le terrifiant), Bertrand Mathieux reste sur cette ligne de crête en faisant durer le plus longtemps possible cet équilibre vacillant.

Des récits prenants, des psychologies fines

Ce que j’ai le plus apprécié dans cette lecture, c’est la capacité de Bertrand Mathieux à dessiner les contours psychologiques de ses personnages avec un soucis du détail captivant. L’auteur s’est montré très soucieux d’aborder des subtilités dans le caractère de ses personnages que l’on trouve dans peu de livres (je pense par exemple à La Nostalgie des vieilles douleurs, troisième histoire du livre).

La dernière nouvelle du recueil (Aventure cryptozoologique dans le Gâtinais) est également la plus longue, puisqu’elle occupe un tiers de l’ouvrage à elle seule. L’auteur y prend davantage de le temps de développer l’intrigue, alors que dans les récits précédents l’atmosphère et les sentiments semblent plus importants que l’action elle-même. Je me suis totalement laissé prendre par l’enquête menée par les deux personnages, à la recherche d’une bête légendaire du terroir français.


Après Entre-deux, Bertrand Mathieux a parfaitement transformé l’essai avec Fuites d’encre et se révèle un auteur très prometteur. Pas de doute, cet écrivain-là a encore beaucoup de choses à nous raconter et on a hâte de découvrir ses prochaines histoires !

Qui a écrit cet article ?

culture déconfiture Julien

Faire la sieste sous les tropiques, parler littérature, théâtre et cinéma, écouter le craquement du glaçon plongé dans l'eau, frissonner avec Lovecraft, planifier des voyages en Italie... J'adore l'esprit rabelaisien, l'accent du sud-ouest et autres futilités de l'existence.

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