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Drag Race France, le phénomène drag qui déferle

by Julien
DRAG RACE france

Depuis plusieurs semaines, je suis le show de France 2 Drag Race France, adaptation française du RuPaul’s Drag Race (la version américaine qui en est à sa quatorzième saison) et je dois avouer que je suis totalement mordu. Le concept ? Dix drag queens sont en compétition pendant plusieurs semaines et sont éliminées une à une en fonction de différents défis à relever face à un jury à la fois bienveillant et impitoyable.

Drag Race France, dix finalistes au top

La force de ce show, c’est d’abord son casting. Les dix drags sélectionnées pour cette première saison française sont à la fois différentes et complémentaires dans leur style et leur humour. On pourrait croire que le style et la qualité du travestissement sont les premières qualités d’un drag queen. Détrompez-vous ! C’est essentiellement leur répartie et leur autodérision qui fait mouche dans cette émission drôlissime.

Elips, Kam Hugh, La Big Bertha, La Kahena, Lova Ladiva, La Briochée, Lolita Banana, Paloma, Soa De Muse, La Grande Dame. Tels sont les noms de scènes de ces dix artistes hors normes. Chacune est là pour défendre sa personnalité, son histoire, ses origines, sa morphologie. La Briochée représente par exemple les femmes trans, puisqu’elle est la seule drag de la compétition à être également transsexuelle. La Kahena quant à elle arbore fièrement ses origines berbères et Lolita Banana son pédigrée sud-américain. D’autres vont plutôt mettre en avant leur physique étonnant, comme la Grande Dame (une grande perche filiforme) ou la Big Bertha (aux formes généreuses).

DRAG RACE france elips
Elips (Drag Race France – saison 1)

Si les concurrentes de ce show sont dans la bienveillance, elles n’oublient jamais qu’il s’agit d’une compétition de haut niveau et ne se font pas de cadeau. Cabossées par la vie, elles ont une carapace solide et n’hésitent donc pas à s’envoyer de gros skuds (souvent dans de grands éclats de rire). Cela a même fait l’objet d’un mini-défi au cours duquel chaque drag a dû s’en prendre aux autres pour départager qui était la plus “langue de vipère” du groupe. Et là, elles ne manquent jamais d’imagination, notamment la Big Bertha.

Des moments d’émotion et de militantisme

Si le rire est le premier ingrédient de ce show, il n’est pas dépourvu d’émotions. Je dirais même que c’est une émission où l’on voit les candidats se livrer comme cela arrive rarement à la télévision. Quand on pense à des émissions comme Koh Lanta, Top Chef et d’autres compétitions, on a toujours des portraits et des instants de confidence, mais Drag Race France pousse clairement le curseur beaucoup plus loin. Vraiment beaucoup.

Entre deux séances de maquillage, voilà la Grande Dame qui raconte comment, un soir, elle a été abordée par un groupe de mecs homophobes qu’elle ne connaissait pas et a été rouée de coups, jusqu’à perdre connaissance et se réveiller bien plus tard à l’hôpital avec de nombreuses séquelles.

Drag Race France La Grande Dame
La Grande Dame (Drag Race France – saison 1)

La Big Bertha, qui paraît au fil des épisodes la plus drôle et légère des drags, raconte tout en se remettant un peu de blush aux joues qu’elle a lutté pendant plusieurs années contre un cancer et comment l’art du transformisme l’a aidée à trouver la force de résister afin de pouvoir, malgré la maladie, monter sur scène quelques heures par semaine pour faire rêver le public.

Le moment le plus émouvant est certainement celui au cours duquel Lolita Banana parle soudainement de sa séropositivité et de la responsabilité de chacun (gay, bi et hétéro) pour mettre fin à cette épidémie qui a déjà emporté tant de sœurs.

Voilà pourquoi je regarde cette émission potache avec tant d’enthousiasme : c’est vraiment l’équilibre parfait entre la fantaisie des arts de la scène et un militantisme fort et assumé. Oui, des bonhommes avec des plumes et des paillettes, ça peut faire rire. Mais c’est surtout un moyen de porter des messages essentiels tout en luttant contre le désespoir.

Mes candidates préférées

Comme vous l’avez compris, chaque semaine une candidate est éliminée. La queen Nicky Doll (qui a participé à une récente saison du RuPaul’s Drag Race) préside un jury composé de Daphné Bürki et Kiddy Smile (que personnellement je ne connaissais pas et qui me paraît une grosse erreur de casting vue la fadeur de ses interventions) et soumet les candidates à des défis souvent bien barrés. Des jurés exceptionnels viennent régulièrement apporter leur jugement dans la compétition comme Jean-Paul Gaultier, Marianne James, Shy’m ou Yseult (entre autres).

Pendant longtemps, Elips était ma favorite et je croisais les doigts pour qu’elle aille le plus loin possible. Elle a été particulièrement bluffante dans le défi hommage à Mylène Farmer où elle a défilé dans un costume à carreau imité de celui que portait l’icône gay dans le Jacky Show pour interpréter Sans contrefaçon.

Son imitation de Chantal Ladesou est également un moment mémorable de Drag Race France, tout comme son look “lendemain de soirée” qui est lé-gen-daire !

Parmi les dernières candidates en lice, j’ai un petit faible pour Paloma. Avec son style incroyable et son humour décalé, elle a selon moi toutes les qualités qui font une grande drag queen. Grimée en Fanny Ardant, elle a été époustouflante.

Si elle ne remporte pas la compétition, je pense que je serai également ravi de voir triompher la Grande Dame (sa répartie fait l’unanimité et sa parodie de publicité pour le parfum pshitt-pschitt va me rester longtemps en mémoire). Mais j’ai surtout une affection très bizarre pour Lolita Banana, la chipie du groupe, celle qui est toujours un peu à part dans les délires et avec qui les autres concurrentes ont le moins d’affinités. Elle a beau être marginalisée et être souvent à côté de la plaque, j’adore ses styles et la fragilité qui se devine derrière sa grosse carapace.

Drag Race France Paloma
Paloma (Drag Race France – saison 1)

Bref, Drag Race France est une émission que je ne saurais trop vous conseiller. D’ailleurs, n’hésitez pas à aller sur les réseaux sociaux pour les inonder de messages d’amour et de soutien, car depuis que l’émission est diffusée elles sont la cible de nombreuses insultes et menaces qu’il convient de faire disparaître sous une avalanche d’amour et de paillettes ! Enfin, la France et l’homophobie c’est une longue histoire d’amour, je ne vous apprends rien… Heureusement qu’on a des sœurs comme les candidates de Drag Race France pour porter haut les couleurs de l’arc-en-ciel LGBTQIA+ et participer à des émissions positives et intelligentes comme celle-là.

Enfin, les 10 finalistes de Drag Race France partiront en tournée dès septembre 2022 dans toutes les grandes villes de l’hexagone. Elle passeront même par Toulouse où elle présenteront leur spectacle au Casino Barrière le 25 octobre. J’imagine que vous savez déjà où je serai ce jour-là ! Et vous ?

Qui a écrit cet article ?

culture déconfiture Julien

Faire la sieste sous les tropiques, parler littérature, théâtre et cinéma, écouter le craquement du glaçon plongé dans l'eau, frissonner avec Lovecraft, planifier des voyages en Italie... J'adore l'esprit rabelaisien, l'accent du sud-ouest et autres futilités de l'existence.

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2 comments

Allychachoo 10 août 2022 - 10 h 38 min

J’avais regardé et apprécié la première saison de RuPaul’s Drag Race, mais pas au point d’enchainer avec toutes les autres. Je suis curieuse de voir ce que donne cette version française. Est-ce qu’il y a aussi la lip sync battle ?

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Julien 10 août 2022 - 14 h 26 min

Oui, Lip Sync à la fin de chaque émission pour départager les 2 outsiders. Celui sur la chanson “Corps” d’Yseult était particulièrement émouvant !

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