À l’Escale de Tournefeuille, Ils étaient dix prend des allures inattendues sous la houlette de Stéphane Batlle. Le metteur en scène, que l’on avait particulièrement apprécié avec La Jeune Fille et la Mort, dirige ici la troupe du Grenier de Toulouse, retrouvant plusieurs de ses comédiens emblématiques, déjà remarqués dans Un air de famille.
Ils étaient dix : un thriller qui choisit le rire
On connaît la mécanique implacable du roman d’Agatha Christie (dont Charlotte vous avait parlé ici). Pourtant, cette adaptation opère un glissement assumé vers la comédie. Le suspense pur cède régulièrement la place à un humour de caractère porté par une galerie de personnages hauts en couleur.
Le parti pris fonctionne par son énergie et par le sens du rythme insufflé par la mise en scène. Ici, l’inquiétude se teinte volontiers de burlesque, et le public se laisse embarquer dans une lecture plus ludique que véritablement angoissante du célèbre huis clos. Idéal pour un bon moment en famille.
Une troupe visiblement en joie
La réussite du spectacle tient beaucoup à l’engagement des interprètes. Muriel Darras campe une docteure Lewis délicieusement au bord de la crise de nerfs, tandis que Corinne Mariotto (La Misanthrope, Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne) compose une Emily Brent aussi dévote qu’acariâtre. Pierre Matras, en inspecteur Blore benêt et pitre, déclenche régulièrement les rires. Belle surprise également du côté de Loïc Carcassès, plus convaincant en Lombard qu’il ne l’était lorsqu’il s’attaquait au Sheldon de Misery en 2022, un rôle qui était alors peut-être un peu trop grand pour lui. J’ai également beaucoup aimé Dédeine Volk Léonovitch, comédienne que je ne connaissais pas mais que j’ai trouvé excellente dans son rôle de servante un peu pataude, dont les seules apparitions et la démarche suffisent à déclencher le rire.
Sans surprise en revanche, Denis Rey (Gros-Câlin, L’Angoisse du roi Salomon, Le Faiseur de théâtre) tient la dragée haute à toute la distribution, avec son interprétation impeccable – et pourtant minimaliste – du juge Malgrave. C’est toujours une joie pour le public toulousain de savoir que cet acteur apparaîtra dans une nouvelle mise en scène, car il ne déçoit jamais et prouve qu’il n’y a jamais besoin de cabotiner pour faire mouche.
Une soirée familiale efficace
Certes, les amateurs de frissons purs n’y retrouveront pas toujours la tension que peut susciter la lecture d’un bon Christie. Mais la proposition assume pleinement son virage populaire et fédérateur. La salle comble et les éclats de rire nourris tout au long de la représentation en sont la meilleure preuve.
En bref, voilà un spectacle intergénérationnel idéal pour les vacances de la zone C : Ils étaient dix reste à l’affiche à Tournefeuille jusqu’au 8 mars.

