Le mois le plus court de l’année n’est pas pour autant le moins productif sur le plan culturel. Avec la sortie de Scream 7, huit spectacles vus à Toulouse et quatre lectures, on en a vu de toutes les couleurs en février 2026. C’est parti pour le bilan culturel !
Scream 7, de Kevin Williamson
Vous le savez, je suis fan de slashers. Je ne rate donc jamais – ou quasiment – la sortie des films de la saga Scream, comme celle des films Halloween ou Saw. Alors que vaut ce nouveau cru ? Le premier Scream parodiait les règles du slasher. Le second les règles d’une suite, et le troisième celles d’une trilogie. Le quatrième film détournait les règles du remake et le cinquième celles du requel (ou legacyquel). Le sixième explorait les codes de la franchise. Le septième s’éloigne un peu de la tradition (qu’on aimait bien avec la saga Scream) et se contente de jouer la carte de la nostalgie, notamment en évacuant les nouveaux personnages (les sœurs Carpenter qui étaient les héroïnes des épisodes 5 et 6) et en exhumant les anciens protagonistes qui ont fait le succès de la première trilogie. Si certaines scènes sont plutôt réussies, la révélation finale est encore plus débile que toutes celles des épisodes précédents… Bref, la saga est à bout de souffle et il serait peut-être temps de s’arrêter…
Il ne m’est jamais rien arrivé, de Jean-Luc Lagarce par Johanny Bert
Ce spectacle m’a réconcilié avec Vincent Dedienne, que je commençais à trouver gonflant au fil de ses apparitions médiatiques. Après une première belle surprise avec son album Un lendemain soir de gala, j’ai adoré le revoir sur scène dix ans après S’il se passe quelque chose… Ce qui m’avait motivé en choisissant ce spectacle, c’était le nom du metteur en scène dont j’avais récemment adoré La (nouvelle) ronde. En s’attaquant au journal de l’auteur de Juste la fin du monde, il signe une mise en scène sobre et efficace, qui met particulièrement en valeur l’humour et la résilience de Lagarce. L’un des meilleurs moments théâtraux de la saison 25-26 du Théâtre de la Cité.
La Vie nouvelle, de Sylvain Huc et Mathilde Olivares
Voici un spectacle plutôt conceptuel dans le cadre du festival Dansorama. Les chorégraphes le revendiquent : il n’y a pas de sens à chercher dans ce spectacle. Piano, gestes doux, lumière tamisée… j’ai vécu ce spectacle comme une plage de relaxation. Je ne pourrais pas dire que je n’ai pas aimé, mais une chose est sûre, je ne m’en souviendrai pas très longtemps.
Le Corps de ma langue, d’Alba Le Brun
Après avoir adoré le roman, je suis allé au Théâtre de Poche voir l’adaptation scénique. Alba Le Brun a parfaitement su transposer sur la scène ce qui faisait l’originalité formelle de son récit. C’était un pari audacieux, mais parfaitement relevé. Bonne nouvelle : le spectacle sera de nouveau programmé en avril 2026. Pensez à réserver votre place !

Carcaça, de Marco da Silva Ferreira
Toujours dans le cadre du festival Dansorama, je suis allé voir Carcaça que l’on m’avait annoncé comme l’un des grands moments de la saison. À part le premier quart d’heure qui se déroule en avant scène, j’ai trouvé ce spectacle à la fois longuet et pas ouf. Il y avait de l’énergie, mais à aucun moment je n’ai été attrapé, zéro réaction émotionnelle ou esthétique. Un raté.
Over the Rimbaud, d’Éric Sanjou
Faire entendre Rimbaud pendant 1h45, une gageure. Pourtant, c’était le pari de ce spectacle aux allures punk. Avec un piano qui vole en éclat dès les premières minutes (et dont les morceaux sont incendiés dans la foulée), le ton était donné. Bravo à la jeune équipe qui a su raviver l’énergie adolescente et rebelle du poète français. En revanche, je pense que j’ai été sensible parce que je connaissais déjà bien les textes (parfois complexes, voire hermétiques) mais plusieurs personnes que j’ai croisées et qui ne connaissaient pas la poésie de Rimbaud m’ont dit avoir eu du mal à saisir le propos de la plupart des poèmes à cause de leur densité, et ont donc pu trouver le spectacle un peu long. J’avoue qu’une proposition plus succincte (1h20 ou 1h30) aurait peut-être été plus digeste.
Lucia di Lammermoor, de Gaetano Donizetti par Nicolas Joel
Près de 30 ans après l’avoir créé en partenariat avec le Metropolitan Opera de New-York, Lucia di Lammermoor était à nouveau à l’affiche au Capitole. La mise en scène est très classique, mais la distribution est au top. Le programme tient ses promesses, même après trois décennies.
Ils étaient dix, de Sébastien Azzopardi par Stéhane Batlle
Pendant toutes les vacances de la zone C, le Grenier de Toulouse revisite Ils étaient dix d’Agatha Christie sur le mode de la comédie. On ne frissonne pas beaucoup, mais on se paye une bonne tranche de rire avec ces personnages hauts en couleur et ces comédiens qui cabotinent. Pour qui aime ce genre de divertissement, c’est vraiment le programme parfait pour une sortie avec toute la famille.
Soirée Twin Peaks, au Théâtre du Pavé
Ça faisait longtemps qu’on en rêvait, le Théâtre du Pavé l’a fait. Pour le Twin Peaks Day (tous les ans le 24 février), le théâtre a ouvert ses portes et proposé une soirée spéciale. Au programme : une lecture du Journal secret de Laura Palmer par Lucie Roth, un quiz très sympatoche, et une ambiance Double R dans le foyer. Merci aux organisateurs, on s’est régalé !
Le Journal secret de Laura Palmer, de Jennifer Lynch
Twin Peaks Month oblige, j’ai lu Le Journal secret de Laura Palmer, tout en revisionnant les 3 saisons de la série (et les films). On ne va pas se mentir, ce n’est pas de la grande littérature et il y a de nombreuses incohérences par rapport aux événements racontés dans Twin Peaks. Ce livre relève davantage d’un produit dérivé (et marketing) plutôt que d’une véritable œuvre artistique. Ceci dit, on se laisse tout de même embarquer dans l’univers et on apprécie de retrouver sous une nouvelle forme les personnages, 5 ans avant les événements racontés dans la série et dans les films.
Babysitter, de Joyce Carol Oates
Après Les Chutes, dont je vous parlais il y a quatre ans, c’est un coup de cœur renouvelé pour Joyce Carol Oates avec Babysitter (paru en 2022). Dans le Detroit de la fin des années 70, Hannah Jarrett semble avoir tout pour être heureuse (mari, enfants, maison cossue) mais le vide la ronge. Sa liaison clandestine agit comme un électrochoc, tandis qu’un tueur d’enfants surnommé Babysitter fait monter la psychose dans une Amérique blanche bourgeoise et raciste persuadée d’être assiégée.
Oates construit un roman double, à la fois dérive intime et radiographie d’une société fracturée par le racisme et la peur. Son écriture nerveuse, fragmentée, presque suffocante, épouse au plus près les emballements psychiques de son héroïne. Impossible aussi de ne pas penser à Gustave Flaubert et à Madame Bovary. Comme Emma, Hannah étouffe dans la bourgeoisie. Mais là où Flaubert dissèque avec ironie, Oates immerge dans une fièvre sensorielle beaucoup plus trouble.
Le roman dérange surtout par la manière dont il brouille les lignes : Hannah est sous emprise, mais des élans contradictoires traversent son corps et ses pensées. Ce n’est jamais du consentement, c’est la mécanique même de l’emprise que le texte met à nu. Résultat : un profond malaise de lecture, volontaire, maîtrisé, redoutablement efficace. Plus qu’un thriller psychologique, Babysitter est le portrait d’une Amérique paranoïaque et cloisonnée… et d’une femme qui cherche désespérément à se sentir vivante.
Les Arbres écrivent aussi, de Dominique Boudou & Cédric Merland
C’est un roman à quatre mains et très original dans la forme, ce qui est un peu la marque de fabrique de la maison d’édition La 21ème Saison (j’avais adoré le travail typographique du Corps de ma langue). Le récit comme les photographies sont plutôt abstraits. D’ailleurs, il s’agit plus de poèmes que de récit à proprement parler. C’est l’histoire d’un promeneur, de sensations, nourries par les questions qui hantent le XXIème siècle : « L’homme sera-t-il toujours là quand il n’y aura plus d’arbres à raconter ? Les arbres raconteront-ils l’homme après sa disparition ? »
Toulouse, petits secrets et grandes histoires, de Francis Pornon
Publié aux éditions Sud-Ouest, j’ai découvert ce mois-ci le guide Toulouse, petits secrets et grandes histoires. C’est chez ce même éditeur que j’avais lu Le Livre fou de Toulouse, que j’avais beaucoup aimé et recommandé. J’ai appris moins d’anecdotes avec ce nouveau livre, mais il a l’avantage du format (15 x 21 cm) qui permet de le transporter aisément lors de vos promenades dans la Cité Mondine. Au gré du trajet, on se déplace de la grande rue Alsace-Lorraine aux petites rues Renaissance rejoignant la Garonne, en passant par les rues basses de Saint-Cyprien, puis les quartiers typiques de Saint-Michel et Croix-de-Pierre… Ainsi défilent maison et édifices, monuments et promenades, fleuve et canal. Nous rencontrons en route des disparus, une foule de faits présents et passés, des histoires splendides ou terribles, tant la ville est faite de mémoire autant que de spectacle et de désirs.
Ce petit guide propose une promenade en boucle dans 30 petits quartiers, pour re-découvrir le patrimoine toulousain ! J’y ai tout de même fait quelques découvertes : l’origine du nom de la fameuse enseigne Midica (grand bazar toulousain autrefois consacré au caoutchouc – d’où son ancien nom : Midi Caoutchouc) ; l’existence d’une plaque commémorative près du Sorano, à la mémoire de Simon de Monfort tué par une pierre lancée par des toulousaine résistantes (« Simon de Montfort trouva ici la mort en 1218, « La pierre vint tout droit là où il fallait » ») ; le Muséum de Toulouse est le deuxième plus grand de France après celui de Paris… entre autres.
Et vous, qu’avez-vous lu et vu d’intéressant ce mois-ci ?











