Jusqu’à vendredi à la Cave Poésie René-Gouzenne, le spectacle Sodome ma douce donne chair au texte incandescent de Laurent Gaudé. Un monologue puissant porté par la comédienne Camille Thibaud, accompagnée sur scène par la musique électro jouée en direct. La mise en scène, signée Julien Salignon & Camille Thibaud, imagine un dialogue singulier entre la parole et le son, entre la mémoire et la vibration.
Sodome ma douce : sortir du sel
J’aime l’écriture de Laurent Gaudé. Il y a quelques années, je vous avais parlé avec enthousiasme de La Mort du roi Tsongor. En revanche, je ne connaissais pas encore Sodome ma douce. Dans ce récit, la femme qui nous parle est la seule survivante de la légendaire ville de Sodome. Pendant des siècles, elle est restée figée, transformée en statue de sel. La voilà qui revient à elle, qui retrouve peu à peu son corps, ses sensations, sa voix.
Face à nous, elle raconte. Elle évoque la splendeur de la ville biblique : les fêtes, les danses, la joie d’un peuple vivant. Puis la catastrophe. La destruction de la ville, l’anéantissement de ses habitants. Un véritable génocide mythique, dont elle porte désormais seule la mémoire.
Camille Thibaud interprète ce texte avec une intensité qui captive. Intensité de la voix. Intensité du regard aussi. Dès les premières minutes, quand le corps dessalé par la pluie redevient chair et retrouve sa mobilité, on se laisse embarquer.
Un dialogue entre voix et musique
Le spectacle repose sur une idée simple et efficace : faire dialoguer la parole et la musique. Tandis que la comédienne déroule le récit, la création électro jouée en live accompagne la montée des émotions, prolonge les silences, fait vibrer la scène. Ce face-à-face entre la voix & le son transforme le monologue et fait résonner la mémoire de Sodome dans l’espace.
Cela faisait quelques années que le jeune metteur en scène Julien Salignon souhaitait adapter ce texte au théâtre. Pour l’instant, le projet existe sous une forme « tout terrain » qui s’adapte à tous les lieux (notamment les espaces non dédiés au théâtre), mais Sodome ma douce a pour vocation de prendre de l’ampleur et se déployer sur de grands plateaux à l’automne prochain. Aucun doute que Camille Thibaud saura embrasser tous les espaces tant l’énergie qu’elle dégage sur scène est puissante et ardente.
En bref, Sodome ma douce parle de la destruction d’un peuple, mais aussi de ce qui la motive : l’intolérance, la peur de l’autre, la violence morale qui précède toujours la violence réelle. Entre divinité et marginalité, la survivante nous regarde et nous interroge. Et la question qu’elle pose dépasse largement les ruines de Sodome. Car ce qu’elle raconte, au fond, pourrait être l’histoire de bien d’autres catastrophes humaines… et cela résonne de façon très éloquente avec notre actualité.
Pour découvrir Sodome ma douce, rendez-vous à la Cave Po encore ce soir ou demain à 21h.
Photo de couverture © Almaim Almaim