Qu’avez-vous lu et vu de beau ce mois-ci ? Pour ma part, le mois de mars a été plutôt bien rempli, avec 10 objets culturels : 4 spectacles de théâtre, 1 concert, 2 films et 3 lectures. C’est parti pour le bilan culturel du mois de mars 2026…
Alter Ego, de Nicolas Charlet & Bruno Lavaine
Je suis allé voir ce film parce qu’il y avait Laurent Lafitte et qu’en général je l’aime bien. « En général », parce que pour le coup j’aurais dû me souvenir que, s’il m’avait fait beaucoup rire dans L’Origine du monde, je l’avais trouvé soporifique dans Le Molière imaginaire. Devant Alter Ego, qui se veut comédie décalée et absurde, je me suis profondément ennuyé. La lumière et la photographie sont épouvantables. Le scénario a beaucoup été comparé à celui de La Moustache (roman et film géniaux d’Emmanuel Carrère), mais à part le point de départ, je n’ai trouvé aucun lien entre ces deux œuvres – à part que celle de Carrère est sensas’ et celle de Nicolas & Bruno totalement inutile. Même pour une soirée canapé-télé, le programme est nul.
Les rayons et les ombres, de Xavier Giannoli
Une longue fresque sur la collaboration dans les années 40. Une œuvre qui embarque par l’intelligence de son point de vue et sa comédienne principale, Nastya Golubeva. J’avais adoré Giannoli lorsqu’il s’était attaqué à Balzac, avec son extraordinaire adaptation des Illusions Perdues. Il brasse les mêmes thèmes mais dans un nouveau contexte. Le film est profondément humaniste et ne cède jamais à la facilité. Bravo !
Sodome ma douce, de Laurent Gaudé par Julien Salignon & Camille Thibaud
C’est toujours avec plaisir que l’on s’enfonce dans les tréfonds de la Cave Poésie. Cette fois, il s’agissait de découvrir l’adaptation d’un texte de Gaudé : Sodome ma douce. Je me suis laissé embarquer dans ce récit biblique porté par Camille Thibaud, seule en scène. Elle évoque la splendeur de la ville antique : les fêtes, les danses, la joie d’un peuple vivant. Puis la catastrophe. La destruction de la ville, l’anéantissement de ses habitants. Un véritable génocide mythique, dont elle porte désormais seule la mémoire.
Grand-peur et misère du IIIe Reich, de Bertolt Brecht par Julie Duclos
La pièce est une succession de scènes de la vie quotidienne en Allemagne tout au long des années 30. Au départ, Hitler accède au pouvoir démocratiquement. On en découvre ensuite les conséquences dans des saynètes aussi ordinaires que glaçantes. La délation de la part de ses propres voisins ; la peur que son enfant soit un mouchard ; la crise économique que l’on fait semblant de ne pas voir ; la corruption de la justice… Dans le contexte actuel, on ne peut que frémir en voyant ce spectacle, qui se veut autant témoignage que mise en garde.
Biosphère, de Frédéric Sonntag
Au secours ! Que c’est long ! Et comme c’est nuuuuul ! Je quitte rarement une salle de théâtre, mais je dois dire que pour ce spectacle l’idée m’a traversé l’esprit plus d’une fois. Mais comme j’étais en milieu de rangée, impossible de faire ça discrètement sans déranger des dizaines de personnes… Pourtant, en voyant plusieurs personnes s’éclipser pendant le spectacle (elles avaient la chance d’être assises aux extrémités), je me suis pris à les envier très sincèrement. L’idée de départ n’était pas mauvaise : reconstituer une expérience sociale et scientifique, façon émission d’enfermement. Mais au final ça ne raconte rien de solide et surtout ça ne montre rien. C’est anti-théâtral au possible. L’enfer.
Dalidaaaaa ! Euh… de Céline Cohen & Régis Gounod
Le dispositif est simple et efficace : Jean-Pablo Durand, animateur radio un peu dépassé, reçoit Nour El Sayed, autrice d’une biographie monumentale de Dalida. Mais à la question, pourtant évidente – « Pourquoi Dalida ? » – rien ne se passe comme prévu. Refusant toute réponse simpliste, la biographe s’enferme dans un discours de plus en plus radical… et inquiétant. J’ai beaucoup aimé retrouver le duo Cohen-Gounod (qui se mettent souvent en scène mutuellement, mais que l’on voit rarement simultanément sous les projecteurs), qui savent nous surprendre et proposer un spectacle qui allie l’humour à l’intelligence.
Penderecki et Chopin, par l’Orchestre national du Capitole de Toulouse
Quel merveilleux programme ! L’ONCT dirigé par Tarmo Peltokoski accueillait le pianiste Mao Fujita (dont nous vous avions déjà parlé ici) pour le concerto pour piano n°1 de Chopin. L’œuvre du compositeur romantique né près de Varsovie était précédée du Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima de Penderecki, faisant jaillir de l’orchestre de 52 musiciens à cordes des sonorités absolument inouïes. Un concert bouleversant !
Le Nageur d’Auschwitz, de Renaud Leblond
Ça faisait un petit moment que je voulais découvrir cette biographie d’Alfred Nakache. C’est désormais chose faite. Le récit ne brille pas par son style, mais l’histoire du nageur est suffisamment intéressante pour rendre cette lecture captivante.

Les Hauts de Hurlevent, d’Emily Brontë
C’est un classique, mais je ne l’avais jamais lu. Je m’attendais à une histoire d’amour, je me suis retrouvé dans une terrible histoire de vengeance et de frustration. Je comprends pourquoi ce roman est devenu culte pour beaucoup de lecteur⸱ices. C’est particulièrement bien écrit et le système des récits enchâssés est très plaisant. En revanche, le roman ne fait pas le poids à côté de Jane Austen. Pour moi, ça restera une bonne lecture mais pas une référence.
Silent Jenny, de Mathieu Bablet
Ah ! Bablet, c’est un auteur que l’on aime sur Culture déconfiture. Après Shangri-La, Carbone & Silicium ou The Midnight Order, il est de retour avec une quête effrénée qui n’est pas sans évoquer La Horde du Contrevent de Damasio ou Le Château Ambulant de Miyazaki. Dans un univers post-apocalyptique, Jenny est chargée de mener des fouilles afin de retrouver les traces d’une espèce totalement disparue de la surface de la terre : l’abeille ! La résurrection de l’humanité en dépend. Nous la suivons donc dans le monde de l’infiniment petit, où se loge peut-être le dernier espoir pour donner un avenir à nos enfants… Encore une fois, Bablet signe une aventure plus poétique que moralisatrice, une œuvre qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Mais qui laisse aussi sur un petit goût d’inachevé et de frustration.
Et vous, qu’avez-vous vu et lu en mars 2026 ?








