Pluribus est la dernière série que j’ai dévorée sur Apple TV (disponible avec Canal +). L’histoire s’ouvre sur une situation aussi fascinante que dérangeante. Carol Sturka, romancière à succès spécialisée dans les romans à l’eau-de-rose, vit à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Mais le monde autour d’elle a radicalement changé : un virus d’origine extraterrestre a contaminé l’humanité et relié les individus au sein d’un esprit de ruche pacifique, harmonieux, débarrassé des conflits et de la souffrance. Problème : Carol fait partie d’une poignée de personnes immunisées. Là où l’humanité semble avoir trouvé une forme de bonheur collectif, elle ressent une perte insupportable de liberté, d’individualité, de complexité humaine. Contre l’avis général, elle cherche à mettre au point un remède pour revenir à l’état antérieur du monde.
Pluribus : des personnages qui divisent
Le cœur de la série repose sur cette tension morale. Rhea Seehorn (Carol) est remarquable dans ce rôle à contre-courant : à la fois brillante, agaçante, lucide et profondément égoïste. On oscille constamment entre l’envie de lui donner raison et celle de la détester. La série ne cherche jamais à la rendre sympathique, mais toujours compréhensible.
Un autre immunisé venu du Paraguay (Manousos, joué par Carlos Manuel Vesga) est tout aussi précieux dans la galerie des personnages secondaires, apportant une humanité palpable à un récit qui pourrait facilement basculer dans l’abstraction. On a l’impression de connaître ces personnages, ce qui rend leurs choix d’autant plus inconfortables. On est à chaque épisode amené à se demander et moi, j’aurais fait quoi à sa place ?
Une série qui refuse la facilité
Ce que Pluribus réussit particulièrement bien, c’est de ne jamais désigner un camp évident. Faut-il préserver une utopie collective au prix de l’individu ? Ou défendre la liberté, quitte à réintroduire la violence, la solitude et la souffrance ? La série pose ces questions sans jamais y répondre frontalement. Elle trouble, elle divise, elle oblige à réfléchir — et c’est précisément là sa grande réussite.
Mon seul regret concerne son format. J’aurais aimé que Pluribus se pense comme une mini-série, tendue, presque expérimentale. Mais le dernier épisode en queue de poisson (mais qui pourrait aussi bien être une fin en soi) et l’annonce d’une saison 2 pour 2028 me hérissent un peu. Le choix d’étirer l’intrigue sur au moins une saison supplémentaire fait naître la crainte d’un concept trop dilué, là où sa force réside justement dans son caractère radical. Un peu comme La Servante écarlate, dont la puissante saison 1 avait tout dit, et dont les saisons suivantes n’ont fait que répéter, amplifier, diluer le concept…
Inconfortable et stimulante, Pluribus réussit à faire d’une utopie rêvée un véritable champ de bataille moral — et c’est ce qui la rend si passionnante. Vous l’avez regardée ?
Qui a écrit cet article ?
Faire la sieste sous les tropiques, parler littérature, théâtre et cinéma, écouter le craquement du glaçon plongé dans l'eau, frissonner avec Lovecraft, planifier des voyages en Italie... J'adore l'esprit rabelaisien, l'accent du sud-ouest et autres futilités de l'existence.




















