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La servante écarlate : la dystopie qui murmure à l’oreille du réel

by Allychachoo
Image d'illustration pour un article d'avis sur La servante écarlate

J’ai mis un peu de temps à venir vous parler de La Servante Écarlate. Il faut dire que c’est une série qui marque au fer rouge et ne laisse personne indemne. Impossible de passer à côté de ce monument de la dystopie télévisuelle !

Bienvenue à Gilead

Dans un futur proche, les États-Unis ont sombré pour laisser place à la République de Gilead. Sur fond de dégringolade de la fertilité mondiale, une caste politico-religieuse ultra-conservatrice a pris le pouvoir et instauré un régime totalitaire. La société est désormais divisée en castes strictes où les femmes n’ont plus aucun droit. Les rares femmes encore fertiles, les Servantes écarlates, sont réduites à l’état d’esclaves sexuelles, pour donner des enfants aux élites dirigeantes. C’est là que survit June, rebaptisée Offred, dans les murs de la maison du commandant Waterford et sa femme Serena. 

Au fil des 6 saisons, l’intrigue prend une dimension bien plus vaste que le simple huis clos. On suit avec une tension constante l’écart abyssal entre la classe dirigeante, secondée par les redoutables yeux, et ses servantes, dans une hypocrisie qui se révèle brutalement. On voit aussi l’organisation de la résistance interne, le réseau Mayday, qui tente de s’organiser. Mais La servante écarlate nous transporte aussi de l’autre côté de la frontière, au Canada. Là-bas, l’accueil des réfugiés pose d’autres questions : comment se reconstruire après un tel traumatisme ? On voit des personnages comme Luke, le mari de June, se démener sans relâche pour monter des initiatives, alerter l’opinion internationale et tenter de sauver les membres de leurs familles restés prisonniers de l’enfer. Mais quelle place pour ces réfugiés ? Quelle place pour la réaction internationale ?

Blessed be the fruit…

Vous le savez, la dystopie et moi, c’est une grande histoire d’amour littéraire. C’est un genre que je chéris et dont je vous parle souvent par ici. Pourtant, j’ai découvert sur le tard que cette série était tirée d’un roman de Margaret Atwood (que je compte bien lire un de ces quatre, car c’est à mon sens un must !). Dès le premier épisode, j’ai été happée.

> Une dystopie (trop) proche de la réalité ?

Littéralement bluffée par la précision de cet univers dès les premières minutes. Car avec La Servante Écarlate, j’ai pris une claque d’un genre nouveau. On commence en se disant “c’est impossible”. Et rapidement… Ce qui m’a saisi, c’est la précision de ce monde de Gilead face aux flashbacks si bien sentis de la « montée » de cette pensée nouvelle. On y voit le basculement d’une démocratie vers l’horreur avec une justesse chirurgicale : la petite concession que l’on fait, le droit qu’on laisse s’effriter… c’est terrifiant car c’est crédible.

> Le « soft power » de Gilead : une réalité flippante

Là où la série devient véritablement horriblement contemporaine à mon sens, c’est dans sa manière de montrer l’évolution de Gilead, notamment sa façon de se vendre à l’international. On voit ce régime totalitaire tenter de se normaliser, de montrer une image de stabilité et de piété presque séduisante pour certains. La dernière saison est phénoménale avec ça : elle montre comment une telle horreur peut réussir à s’exporter ou à s’attirer des sympathies extérieures. Cela ouvre des questions vertigineuses qui sonnent terriblement vrai. Au regard de la situation politique actuelle aux États-Unis, avec l’annulation de l’amendement de Roe v. Wade ou la réélection de Trump, le « plus proche de nous qu’on ne le pense » prend tout son sens. En un mot : c’est flippant.

Des personnages plus grands que nature

> Une écriture au sommet

Au-delà de l’univers, ce sont les acteurs qui nous tiennent en haleine, et ils sont tout bonnement phénoménaux. Mais c’est surtout l’écriture du destin de ces personnages qui est extrêmement bien faite. Le scénario parvient à créer une tension permanente, notamment grâce à l’ambivalence de certains rôles. Je pense par exemple au commandant Lawrence, joué par Bradley Whitford, dont la complexité est fascinante. Mais aussi à la folie de Serena Joy, fantastique Yvonne Strahovski, qui nous fait passer par toutes les nuances de l’horreur et de la pitié. Et que dire de la dynamique si particulière du duo entre Jeanine (Madeline Brewer) et tante Lydia (Ann Dowd)… Il y a dans leur jeu, couplé à ce travail si particulier sur les couleurs, quelque chose qui nous accroche véritablement à notre télé.

> June : de la victime à l’icône de résistance

Et puis, il y a June. Je dois avouer que j’ai eu une phase de doute avec elle. Il y a un côté “qui part dans tous les sens” qui m’a un temps un peu échappé au milieu de la série, ce côté presque surhumain d’une femme qui se révèle toujours plus puissante, toujours capable de se relever malgré l’insoutenable. Mais avec le recul, je me suis complètement réconciliée avec cette trajectoire. J’ai fini par comprendre que ce personnage s’élève au-dessus d’elle-même pour devenir une image, une icône. Le too much de la violence ou de sa résilience n’en est peut-être pas : il sert un propos plus vaste. June n’est plus seulement une femme qui survit, elle est l’incarnation d’un combat, et c’est ce qui rend toute la fin de la série si forte. Elisabeth Moss incarne 100% cette héroïne.


En bref, cette série est une claque nécessaire, une œuvre viscérale qui nous rappelle la fragilité de nos acquis.

Et vous, quel regard portez-vous sur La Servante écarlate ?

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