Hier soir, au Kalinka, Dalidaaaaa ! Euh… faisait sa première. Et quel plaisir de retrouver ce lieu emblématique toulousain, que je n’avais pas fréquenté depuis 2019. Mais surprise : loin de la programmation habituelle du cabaret, c’est une véritable proposition théâtrale qui s’invite ici. Un pas de côté rafraîchissant, qui joue habilement avec les attentes du public.
Dalidaaaaa ! Euh… Une fausse émission qui déraille
Sur scène, deux comédiens que l’on suit toujours avec intérêt : Céline Cohen (Histoires de bouches) et Régis Goudot (Le Père Karamazov). Ensemble, ils imaginent l’enregistrement d’une émission de radio féministe consacrée à Dalida.
Le dispositif est simple et efficace : Jean-Pablo Durand, animateur un peu dépassé, reçoit Nour El Sayed, autrice d’une biographie monumentale de la chanteuse. Mais à la question, pourtant évidente – « Pourquoi Dalida ? » – rien ne se passe comme prévu. Refusant toute réponse simpliste, la biographe s’enferme dans un discours de plus en plus radical… et inquiétant.
Un glissement jubilatoire
C’est là que le spectacle devient particulièrement savoureux. On s’attendait à un hommage scintillant, presque nostalgique, et l’on se retrouve face à un jeu de bascule entre comique et tension. L’écriture surprend par sa capacité à déjouer les attentes.
Céline Cohen impressionne par la palette qu’elle déploie : capable de passer en un instant de l’émotion à une forme de menace latente, elle installe un trouble fascinant. Face à elle, Régis Goudot orchestre une descente progressive dans une paranoïa aussi drôle qu’efficace. Le duo fonctionne à merveille, porté par un sens du rythme impeccable.
Bien sûr, Dalida n’est jamais totalement absente. Ses chansons surgissent, mais toujours là où on ne les attend pas. La reprise de Je suis malade est amenée avec finesse, mais c’est surtout la réécriture de Paroles, paroles en version féministe radicale qui marque les esprits : une transformation aussi drôle que percutante.
Un spectacle à suivre
Dalidaaaaa ! Euh… est encore à l’affiche ce jeudi soir au Kalinka, avant de poursuivre sa route au festival de Besançon Les Souterraines (du 8 mai au 8 juin 2026), puis de revenir à Toulouse en juin pour le Festival de Caves (désormais un rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de théâtre de la Cité Mondine).
Une proposition inattendue, intelligente et réjouissante, qui prouve qu’on peut convoquer une icône sans jamais céder à la facilité.

